YIN Bing 尹兵 Comédien

YIN Bing 尹兵 <span>Comédien</span>

On pourrait faire plusieurs métiers dans une seule vie, mais on n’a qu’une famille dans une seule vie.

YIN Bing 尹兵 Comédien

est un comédien chinois. Après ses études à l’institut artistique ALP de Pékin dans la section théâtre, il intègre dans un groupe d’acteurs du studio cinématographique en 1987. Depuis 1990, le comédien est en France. Bing Yin a eu son premier rôle dans le film français « La mort du chinois » et autres rôles ont suivi dont celui de Monsieur Wang aux côtes de John Travolta et Jonathan Rhys-Meyers dans «From Paris with love» de Pierre Morel, produit par Luc Besson.


www.bingyin.fr

Portrait

1 Quel est votre premier souvenir de la France ? La population en France est variée
2 Une chose qu’il faut faire en France Visiter les musées
3 Si vous deviez conseiller une ville à visiter absolument ce serait… Auvers-sur-oise
4 Quel est l’endroit que vous ne connaissez pas encore mais que vous voudriez découvrir ? Marseille
5 Quel est le plus beau monument de France ? Château de Versailles et ses jardins
6 Quelle chose vous manque le plus quand vous êtes en France ? Les gens : la famille et les amis
7 Quel est le plat qui vous a le plus marqué en France ? La bouillabaisse
8 La boisson que vous préférez en France ? Le champagne 
9 Pour vous, la plus grande différence entre les Chinois et les Français est… Les chinois s’expriment d’une façon détournée, alors que les français s’expriment d’une façon directe
10 Et la plus grande affinité entre les Chinois et les Français est… Les français et les chinois font tous attention à la gastronomie 
11 Ce qui vous a étonné le plus en France ? Presque tous les magasins sont fermés le dimanche
12 Un préjugé écarté après votre passage en France Je n’ai pas de préjugé
13 Le symbole de la France est… Le parfum, le vin rouge, les produits du luxe…
14 Si un mot devait définir la France ce serait… À la mode

Interview

Vous avez fait une formation théâtrale à Pékin où vous avez commencé votre carrière professionnelle. Entre votre arrivée en France et votre premier rôle ici, 7 ans se sont passés.
Comment êtes-vous arrivé en France et comment se sont passés vos débuts ? Est-ce que la langue a été une barrière pour exprimer vos émotions au cinéma ou sur scène ?

Je suis entré au studio du cinéma Ba Yi (北京中国人民解 放 军 八一电影制片厂演员) en 1987 après 4 ans d’études supérieures dramatiques à Pékin (北京中国人民解 放 军艺 术 学 院 戏剧表演系).
Je suis arrivé en France avec un visa étudiant en novembre 1990 pour rejoindre mon épouse. Une fois à Paris, j’ai immédiatement intégré la faculté de lettres à Nantes pour y étudier le français pendant 6 mois.
Revenu dans la région parisienne, je ne comprends toujours pas bien le français.

En 1996, J’ai rencontré la directrice de casting Marie-France Michel qui m’a présenté mon agent Claude Masson.

Mon premier casting pour « La vérité si je mens 1 » était catastrophique, Je ne comprenais absolument rien à ce que la directrice de casting me demandait. En constatant mon faible niveau de français, elle m’a aussitôt exclu de l’audition, fermant sèchement la porte derrière moi. Cette douloureuse expérience m’a marqué à vie.
Fin 1996, je suis pris pour le film publicitaire « Danone » avec le champion du monde de Judo David Douillet. J’y jouais l’assistant du maître japonais. C’est Patrice Leconte, réalisateur français reconnu, qui a fait cette pub.

Patrice Leconte a été très gentil avec moi. Il m’a fait visiter le décor dès mon arrivée. Il m’a dit qu’il était plus facile pour lui de travailler avec des professionnels comme moi. Cette rencontre avec Patrice Leconte m’a beaucoup motivé dans mon début de carrière en France.

En 1997, je suis convoqué pour le casting d’un film.
Quand je suis arrivé, j’ai vu qu’une affiche marquée sur la porte « La mort du chinois ». J’ai vraiment hésité quelques secondes pour entrer.
Ma vie professionnelle a basculé à partir du moment où j’ai poussé cette porte.

La directrice de casting était Swan Pham, une vraie professionnelle et aussi une femme extraordinaire. Elle a eu confiance en moi malgré mes difficultés évidentes en français. Nous avons travaillé environ 1 heure, je n’avais jamais passé un casting aussi long.
On m’a finalement attribué le rôle de Tong (le chinois) avec José Garcia dans le premier rôle.

Mais mon français à l’époque n’était pas encore au niveau : l’ingénieur du son ne comprenait pas un mot de ce que je disais pendant le tournage. C’est pourquoi ma voix a été doublée par un autre comédien quand il est sorti dans la salle.

Oui, la langue française était une barrière à franchir surtout pour un immigré chinois qui doit nécessairement s’exprimer dans la langue de Molière afin de jouer dans des films.

2 ans après, en 1999, j’ai joué Zhao, mon premier rôle masculin dans le film « La moitié du ciel » avec Caroline Sihol. Elle a fait preuve de beaucoup de patience avec moi. Aussi m’a-t-elle beaucoup aidé pour mon texte pendant la répétition et le tournage.
Dans ce film-là, c’est ma vraie voix que l’on entend (Extrait du film sur mon site bingyin.fr).

Au total, vous avez joué dans 27 films français et vous avez eu l’occasion de travailler avec José García, Caroline Sihol, Pierre Morel, Jean-Pierre Mocky et même l’oscarisé Jean Dujardin. Très beau parcours !
Comment regardez-vous votre carrière en France ? Quels sont les rôles dans lesquels vous avez pris le plus de plaisir à jouer ?

Professionnellement, Je n’ai pas du but à atteindre puisque j’ai quitté la Chine au moment où toutes les portes de réussite y étaient ouvertes pour moi. Depuis la naissance de mon premier enfant, Je voulais simplement vivre dans ce pays, la France, que j’aime pour sa beauté, son histoire et sa culture. Je voulais y vivre avec ma femme et mes enfants qui sont tous nés ici.

Ma carrière de comédien en France, c’est simplement un chemin que j’ai parcouru avec quelques films en quelques années.
Très rapidement, j’oublie le casting que je viens de passer et je passe à autre chose. Je ne suis pas quelqu’un qui vit dans l’attente d’une grande carrière.

Un des rôles dans lequel j’ai pris le plus de plaisir à jouer c’est le sketch de « Nanosarko » pour Groland de Canal plus (Voir sur le site bingyin.fr).
Je me suis senti totalement libéré dans ce sketch, et mon côté comique a pu pleinement s’exprimer. Après « La mort du chinois », ce sketch m’a confirmé que j’étais capable de jouer la comédie.
Il y a aussi bien sûr le rôle de Wong avec John Travolta dans « From Paris with love » et celui du tueur chinois dans la fameuse scène de l’ascenseur avec Jean Dujardin dans « OSS 117 » etc. Une anecdote : l’expression figée de mon visage me servait à ne pas rigoler devant Jean Dujardin et non pas à montrer que je contenais ma colère.

Bing Yin - OSS 117 - Rio ne repond plus

Bing Yin – OSS 117 – Rio ne repond plus

Pensez-vous que les rôles donnés aux acteurs chinois soient encore beaucoup dans le cliché et la caricature ou arrivez-vous à sortir de cela ?
Ressentez-vous une évolution dans l’attribution des rôles à des personnes d’origine étrangère ?
J’ai refusé de jouer le rôle de cuisinier chinois dans certains films français, à l’exception du rôle de Tao, un clandestin, dans « Little Wenzhou ».
Historiquement, la France et la Chine n’ont pas de lien aussi fort qu’avec les anciens pays colonisés d’Afrique ou d’Indochine.
Le rôle de chinois (asiatique) qu’on nous attribue habituellement dans les films français existe parce que les auteurs et réalisateurs français veulent introduire une touche exotique ou parce qu’ils veulent une mafia qui ne soit pas italienne, russe, ou japonaise. Pour changer, on introduit la mafia chinoise dans les films, mais qui pourrait croire que tous les cuisiniers chinois, comme dans « From Paris with love », sortent de la cuisine avec leur mitraillette pour tuer John Travolta ?

Je pense que cela va être changé avec la 2ème et la 3ème génération des artistes d’origine asiatique nés en France. Il y a une communauté asiatique à Paris, venant de l’ancienne Indochine ou de Chine, qui vivent comme les Français et avec les Français. Cela est illustré par le rôle de Père que j’ai joué dans le court métrage « Mooncake » de François Yang, qui raconte le fossé culturel et psychologique entre le père, qui vient de Chine et son fils, qui est né en France.

En plus du cinéma, vous avez participé à des court-métrages, émissions télé et radio, publicités, téléfilms, théâtre, doublage des films, voix off… Quelles sont les projets dont vous gardez le meilleur souvenir ? Votre carrière s’est passée presque entièrement en Français, dans quelle langue vous vous sentez plus a l’aise pour jouer un rôle ? Vous vous sentez capable de jouer des rôles en Chinois ? Et tourner en Chine, est-ce une éventualité pour vous?

Actuellement, je vis avec mes enfants qui sont nés ici et qui font leurs études ici : ma carrière est naturellement en France.

Je suis mon chemin tranquillement, sans me précipiter, et sans me forcer. Si j’ai pu avancer aussi et jouer dans autant de films, c’est parce que les réalisateurs m’ont fait confiance et aussi parce que j’ai 9 ans d’études dramatiques derrière moi.

Le meilleur souvenir que je garde est celui de ma rencontre avec Swan Pham, la directrice de casting qui m’a soutenu et qui m’a permis d’avoir le rôle dans mon premier film français « La mort du chinois » et qui m’a rappelé 11 ans plus tard pour jouer le rôle de Wong aux côtés de John Travolta : il s’agit des 2 événements les plus importants dans ma carrière du cinéma en France.
En 2013, c’est encore elle qui m’a auditionné pour le film « Fonzy », j’ai pu rejouer avec José Garcia 16 ans après « La mort du chinois ».
Sa phrase « Bing tu es le meilleur ! » m’accompagne dans tous les castings.

J’ai déjà joué en chinois dans « La grève des femmes », «Win Win » et « Nanosarko ». C’est beaucoup plus facile pour moi de jouer avec ma langue maternelle, mais il fallait jouer comme si je ne comprenais rien quand on me parlait en français.

Bien sûr que je joue souvent en français, et je suis fier de parler cette très belle langue. Je me souviens aussi avoir été bercé par le français de certains partenaires, comme récemment Alain Bouzigues dans « Le mystère des jonquilles » de Jean-Pierre Mocky. Un très bon comédien avec une très belle voix !

Travailler en Chine n’est pas encore ma priorité, sinon j’y serais déjà retourné. Ma priorité est d’accompagner mes enfants dans leurs études en France : mon aîné est à l’ESSEC, le 2ème est à Paris-Dauphine, et le plus jeune va passer son BAC l’année prochaine. Ma priorité, c’est eux.

Je dis souvent qu’on pourrait faire plusieurs métiers dans une seule vie, mais on n’a qu’une famille dans une seule vie. Je sais ce que je fais, je continue ainsi et je ne regretterai jamais.

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1 comment

  1. botsos

    Je ne suis pas douée pour les discours mais je ne peux m’empecher de dire que Bing est un homme que j’admire pour sa force de caractère , sa bonté , son intelligence.

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