Yann LAYMA Photographe

Yann LAYMA <span>Photographe </span>

Pour moi la photographie et la Chine allaient ensemble, la Chine s’ouvrait et il fallait témoigner. Or la photo est un outil merveilleux pour le faire.

Yann LAYMA Photographe

Yann Laymaest un reporter-photographe spécialisé en Chine. Il a travaillé pour Géo pendant de nombreuses années. Autodidacte, il a rencontré les plus grands photographes, comme Yann Arthus-Bertrand, Marc Riboud et Raymond Depardon. Passionné par la Chine qu’il sillonne depuis plus de 30 ans, il en a rapporté une incroyable quantité de photos qu’il a d’ailleurs montrées lors de différentes expositions et livres. Yann Layma a vécu à Taïwan et à Pékin et a même pris un nom chinois, Yan Lei. Observateur privilégié de l’Empire du Milieu, il en a connu tous les visages et a vu le pays changer, depuis son ouverture au monde, dès années 80 aux années 2000.


yann-layma.com

Portrait

1 Quel est votre premier souvenir de la Chine ? Une année scolaire à Taiwan en 1982/83
2 Une chose qu’il faut faire en Chine Apprendre avec humilité
3 Si vous deviez conseiller une ville à visiter absolument ce serait… Yuanyang au Yunnan
4 Quel est l’endroit que vous ne connaissez pas encore mais que vous voudriez découvrir ? Huangshan
5 Quel est le plus beau monument de Chine ? Le jardin des plaisirs harmonieux au Palais d’été de Pékin
6 Quelle chose vous manque le plus quand vous êtes en Chine ? Dans les campagnes, un bon poulet roti
7 Quel est le plat qui vous a le plus marqué en Chine ? Le canard laqué
8 La boisson que vous préférez en Chine ? Wahaha 娃哈哈
9 Pour vous, la plus grande différence entre les Chinois et les Français est… L’humilité qui manque tant aux français
10 Et la plus grande affinité entre les Chinois et les Français est… La nourriture
11 Ce qui vous a étonné le plus en Chine ? La simplicité de l’immensité humaine
12 Un préjugé écarté après votre passage en Chine Les différences et le gouvernement
13 Le symbole de la Chine est… Le dragon
14 Si un mot devait définir la Chine ce serait… Grandeur


Interview

En 1979 vous avez décidé sur un coup de tête de consacrer votre carrière professionnelle à la Chine. Pourquoi avez-vous eu ce coup de foudre ?
Parce qu’il y a eu tout d’un coup les premiers visas de tourisme individuel et la sortie du magazine GEO. J’ai donc eu une espèce de crise d’insomnie pendant une dizaine de jours quand j’avais 16 ans, et je me demandais ce que j’allais faire de ma vie. J’ai finalement trouvé ce que je voulais faire, du photo-journalisme spécialisé sur la Chine. J’avais tracé mon plan de carrière. J’ai décidé de faire une école de commerce international pour apprendre à me “vendre” mais je m’y suis beaucoup ennuyé. Au même moment j’ai commencé à apprendre le chinois ainsi que la photographie en autodidacte. Pour moi la photographie et la Chine allaient ensemble, la Chine s’ouvrait et il fallait témoigner. Or la photo est un outil merveilleux pour le faire.

Quels autres photographes vous ont influencé et vous ont ouvert cette voie chinoise ?
C’était une décision très personnelle. J’ai étudié la photographie en regardant beaucoup de magazines, National Geographic, GEO et d’autres. J’ai rencontré Yann Arthus-Bertrand, Raymond Depardon et Marc Riboud qui m’ont beaucoup apporté en tant que maîtres. Comme disait Confucius, ” Choisir des maîtres comme des champs à cultiver.”

Vous vous êtes rendu en Chine dans les années 80, au moment de l’ouverture du “rideau de bambou”, mais on était encore très loin de la Chine d’aujourd’hui. Vous qui avez vu, à travers le prisme de votre objectif, la transformation de la Chine, quelle est pour vous l’évolution la plus frappante à laquelle vous ayez assisté ?
L’économie de marché ! Les premiers marchés libres, les marchés noirs dans les années 80. Les magasins vides avec des gens qui dorment… Mais c’est toute la transformation radicale chinoise qui m’a marqué. Que ce soit l’architecture, la pollution, ou toute la métamorphose de la Chine. C’est passionnant à observer, de témoigner pendant 30 ans de cette grande métamorphose.

Quels souvenirs gardez-vous de cette période de votre vie en Chine ?
Beaucoup de moments. Je suis en train d’écrire un livre sur mes 30 ans d’aventure en Chine. Quand on vit du photo-journalisme on cherche de l’aventure, des moments très intenses, pour pouvoir les raconter aux autres. Cela a été une expérience passionnante. Il n’y a pas de moments plus importants que d’autres. Ce n’est pas une vie d’employé de bureau, c’est une vie d’aventurier. On enchaîne les reportages les uns après les autres.
C’est comme une chasse aux papillons, on attrape le plus beau, le plus frappant, le plus intéressant.

À propos de votre livre, est-il possible de résumer 600 000 photographies et 20 ans en 208 clichés ?
Non, c’est beaucoup trop difficile. Pour ce travail je fais appel à des professionnels qui choisissent pour moi, en fonction de la publication.

Et en 1 ?
Si je dois en choisir un ce serait la barque sous la neige (ci-dessous) parce qu’il y a une harmonie chinoise entre la montagne et l’eau, comme un tableau de la dynastie des Song, ou des Tang. Il y a une esthétique chinoise très proche de l’estampe qui se dégage de cette photo.

Le lac de l'Est à Shaoxing (Zhejiang), 1996

Le lac de l’Est à Shaoxing (Zhejiang), 1996

Que représentent, pour vous, votre livre, Chine, publié en 2003 aux éditions de La Martinière, et l’exposition qui a suivi sur les grilles du Sénat ?
20 ans de travail. C’était, pour moi, un devoir de témoigner, de restituer, de transmettre et de partager mon émerveillement.

Quelle est la particularité de la Chine ?
La brume est très particulière. Les paysages baignés de brume, et aujourd’hui de pollution malheureusement. Comme dans les estampes chinoises, la brume enveloppe tout. C’est très difficile de travailler dans ces conditions et de photographier des paysages. Avant c’était une lumière un peu laiteuse, aujourd’hui c’est une lumière un peu huileuse.

Quand vous retournez en Chine, sentez-vous encore la fascination que vous aviez pour ce pays au début de votre aventure ?
La Chine a énormément changé, le métier de photo-journaliste n’existe plus. Il n’y a plus l’enthousiasme de faire un reportage comme il pouvait y en avoir avant. Les quelques magazines qui restent n’ont plus les moyens de financer de tels reportages, donc l’enthousiasme n’est plus du tout le même. Maintenant je me tourne vers le film documentaire de fiction.
Parmi les changements, on peut citer l’arrogance des nouveaux riches. C’est très perceptible et il y a une certaine agressivité. Si dans les villes en Chine on se sent très en sécurité, ce qui est très agréable, il y a des autres facteurs comme la pollution ou la saturation du trafic routier qui sont sources d’agressivité.

Pour les jeunes photographes qui partent découvrir la Chine derrière leurs appareils photo, quel(s) conseil(s) leur donneriez-vous ?
C’est un métier qui n’existe plus. Internet et les banques d’images ont tout changé. Il faut se diversifier, faire des vidéos, raconter une histoire…
La photographie ne coûte plus rien, en quelques clics on accède à quelques centaines de millions d’images sur internet qui ne valent plus rien. Il y a 15 ans c’était des diapositives, il fallait des gens pour les manipuler, ça avait un prix. Le photographe gagnait 50% sur le prix de vente. Il y avait beaucoup de magazines qui n’avaient pas la concurrence d’Internet et qui avaient de grands tirages. Il y avait la publicité et beaucoup de moyens pour envoyer des jeunes photographes au bout du monde pendant un mois.
La photographie, aujourd’hui, ne fait plus vivre les photographes. C’est l’évolution du monde, du numérique, et Photoshop qui donne une technicité très facile. Toute le monde peut faire des photos…

Oui mais tout le monde n’a pas l’oeil aiguisé !
Oui, pour prendre une belle photo il faut avoir l’oeil mais pour l’apprécier aussi. Le public n’est pas forcément éduqué et n’importe quelle photo peut faire l’affaire…
Aujourd’hui tous les anciens photographes comme moi deviennent professeurs de photo, ou se réorientent dans le tourisme, font des livres, des films…

Exposez-vous actuellement ?
J’ai plusieurs expositions en Chine, dont une au Temple du Ciel (天坛) à Pékin, à ciel ouvert si on peut dire ! J’ai aussi un autre livre en préparation avec un éditeur chinois qui s’appelle La Chine d’hier avec mes photos des années 80-90 qu’on ne pourrait plus du tout faire aujourd’hui. Il sort en fin d’année.

Êtes-vous connu en Chine ?
Oui, j’ai un public depuis une quinzaine d’années, et beaucoup de reportages ont été consacrés à mon travail qui est jugé par les Chinois comme unique. Mon engagement à photographier la Chine, mes nombreux reportages, mon aide au développement touristique et le fait que je parle chinois intéresse le public. Il y a eu trois films documentaires qui ont été faits sur ma vie en Chine. Je suis assez connu dans le milieu de la photographie et même un tout petit peu par le grand public comme un étranger passionné par la Chine.
Dernièrement j’ai proposé à GEO un reportage d’un photographe chinois, Chen Bixin, complètement passionné par une école au Tibet avec 12 000 moines dans les montagnes. Il était fou de ce sujet, il y est allé 15 fois et on s’est plongés dans ces milliers d’images pour en tirer une soixantaine qui ont été publiées récemment.
Sinon je prépare un autre livre qui est un instantané de la Chine d’aujourd’hui. J’ai passé deux ans à trouver les meilleures images. Cela devrait sortir aux éditions de La Martinière début octobre 2014.

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