XU Ge Fei 徐革非Editrice éditions Fei Paris

XU Ge Fei 徐革非<span>Editrice éditions Fei Paris</span>

Il fallait donc que je réalise mon rêve d’enfant et j’ai décidé de créer une maison d’édition.

XU Ge Fei 徐革非 Editrice éditions Fei Paris

Les éditions FeiNée en Manchourie en 1979 dans une famille modeste, Fei a appris l’anglais en autodidacte et a quitté sa ville natale pour découvrir le monde à l’âge de dix-neuf ans. Après avoir travaillé à Shenzhen comme traductrice et interprète pendant deux ans, c’est à Shanghai qu’elle s’est intéressée à la civilisation et à la langue française, qu’elle a apprise avant de venir s’installer en France. En 2003, elle arrive à Paris pour travailler dans une société de marketing via Internet dont elle sera responsable pour la Chine. Mais lasse du commerce international, début 2008, elle quitte son job pour revenir à ce qui l’a toujours passionnée, les échanges culturels entre la Chine et l’Occident, en créant sa propre maison d’édition.


www.editions-fei.com

Portrait

1 Quel est votre premier souvenir de la France ? La beauté surprenante
2 Une chose qu’il faut faire en France Prendre son temps
3 Si vous deviez conseiller une ville à visiter absolument ce serait… Paris, where else?
4 Quel est l’endroit que vous ne connaissez pas encore mais que vous voudriez découvrir ? Les petites villes à la frontière de l’Espagne
5 Quel est le plus beau monument de France ? Le Palais du Louvre
6 Quelle chose vous manque le plus quand vous êtes en France ? La gastronomie chinoise
7 Quel est le plat qui vous a le plus marqué en France ? Le tourteau énorme
8 La boisson que vous préférez en France ? Le champagne 
9 Pour vous, la plus grande différence entre les Chinois et les Français est… Il y a beaucoup plus de points communs que de différences
10 Et la plus grande affinité entre les Chinois et les Français est… Nous prenons 5 heures à faire le repas en discutant.
11 Ce qui vous a étonné le plus en France ? Chacun paie sa part de l’addition
12 Un préjugé écarté après votre passage en France Je n’ai pas de préjugé
13 Le symbole de la France est… L’art
14 Si un mot devait définir la France ce serait… Unique

Interview

Créer une maison d’édition c’est déjà en soit un très beau challenge. Racontez-nous cette aventure.
C’est une histoire vraiment très longue qu’il est difficile de résumer.
Je suis née au Nord de la Chine, en Manchourie, en 1979. A 4 ou 5 ans j’ai voulu apprendre le japonnais avec mon Grand Père qui connaissait cette langue, mais celui-ci m’a dit “ A quoi cela sert-il que je t’apprenne quoique ce soit puisque tu es une fille, que tu vas te marier et partir ?”…
Dès ce moment je me suis dit que plus tard, quand je serai grande je distribuerai des livres aux filles comme moi qui sont exclues du Savoir. Cela part donc d’un pari d’enfant en quelque sorte.
En 2003 j’arrive à Paris. Je commence à travailler dans des petits boulots pour survivre et aussi pour payer les soins médicaux de mes parents. Puis j’ai été salariée d’un entreprise française en Chine pendant 4 ans.
En 2007, ou 2008, j’ai eu une prise de conscience un peu vertigineuse. J’avais 28 ans et je me suis rendu compte que la vie était très très courte. Je me suis mis à estimer les jours qui me restaient à vivre, cela faisait 20075. Cela me paraissait si peu qu’il fallait absolument que je fasse les choses qui me plaisaient.
Il fallait donc que je réalise mon rêve d’enfant et j’ai décidé de créer une maison d’édition.
Nous avons ouvert en 2009 et notre première parution date de 2010.

Vous orientez votre ligne éditoriale sur la Bande Dessinée. Vous en lisiez beaucoup dans votre enfance en Chine ? Quels types d’albums ? Quels auteurs français avez-vous découvert enfant ?
En Chine j’ai grandi avec la BD. Mes parents lisaient des bandes dessinées quand j’étais toute petite. C’est un art populaire qui fait grandir. La BD est un bon moyen de communication et nous fait voyager. J’ai lu mes premiers Victor Hugo et Balzac en BD quand j’étais enfant.
La première BD que j’ai découverte évidemment c’était Tintin mais éditée en petit format, comme il était d’usage en Chine. C’est un format fait pour rentrer dans une poche de chemise d’homme (Format à l’italienne, à peu près ½ A4).
Plus tard j’’ai découvert que la France était le pays de la bande dessinée où il y a beaucoup de projets, 5 000 livres qui sortent en BD par an, c’est de la folie !
En même temps je trouvais qu’il y avait un vrai manque entre la France et la Chine en matière de BD. C’est là que m’est venu l’idée de créer une maison d’édition Franco-Chinoise.

À vous seule vous symbolisez le type de collaboration franco-chinoise réussie. Les albums que vous éditez sont écrits par des français et dessinés par des chinois (généralement). Pourquoi cette collaboration, et quels en sont les avantages ?
Je suis consciente qu’en Chine il y a matière à raconter des histoires et l’Histoire de la Chine est très riche et fascinante. Mais l’art de raconter une histoire est un art plutôt occidental. En France il y a beaucoup de professionnels qui sont vraiment très bons il y a de vrais raconteurs d’histoires. Par ailleurs en Chine nous n’avons pas beaucoup de recul sur notre propre Histoire. Je me suis dit si on demande à un français de raconter la Chine il aura un regard plus juste pour en apprécier la beauté. Car pour apprécier la beauté de quelque chose il faut de la distance. On ne peut pas être dedans et apprécier en même temps.

Comment se vit le binôme ?
Il y a 2 cas, soit ça ne marche pas du tout, c’est à dire que le scénariste n’arrive pas à avoir un regard pertinent et intéressant et il tape à coté. Ou le dessinateur a mal compris ce que le scénariste voulait raconter et au lieu de sublimer l’histoire il fait l’inverse et là c’est la catastrophe…
Soit c’est bingo ! Pour les histoires du Juge Bao par exemple on a un duo composé d’un scénariste français et d’un dessinateur chinois qui apporte son expertise en matière de référence vestimentaire ou architecturale de la Chine des Song du Nord (960-1126). Il connaît bien l’ambiance de la Chine, évidemment mieux que le scénariste. A ce moment là ça fonctionne à 300% !

Avez-vous beaucoup de lecteurs chinois ?
Nous allons sortir une première publication cette année en Chine mais nous en avons déjà sorties en Italie, aux Etats-Unis, en Espagne, etc.
Comme en Chine nous ne pouvons pas avoir un numéro ISBN qui nous est propre, il faut que ça passe par une société d’État et c’est un peu plus long. Mais nous y travaillons en ce moment.

Comment définir le travail graphique des dessinateurs chinois ?
C’est une question qu’il faut mettre en perspective historiquement parlant. On peut distinguer plusieurs périodes :

  • Dans les années 30, on trouve surtout des dessins de presse chinoise avec des petits scripts ou des œuvres qui se rapproche des Tintin de l’époque.
  • Puis, dans les années 50 on voit apparaître de grands maîtres des beaux arts qui travaillent en noir et blanc qui illustrent des grands classiques internationaux et chinois. Les plus grands dessinateurs ont illustré “Au bord de l’eau”, “Trois royaumes” ou “Voyage vers l’ouest”.
  • Autour des années 80, après la Révolution Culturelle, beaucoup de dessinateurs de l’ancienne génération ne sont plus là mais leurs apprentis sont devenus les nouveaux maîtres qui redessinent les grands classiques qui avaient été détruits pendant la Révolution Culturelle.
  • Et depuis 1995 on trouve une nouvelle génération de dessinateurs qui ont grandi avec les comics américains et les mangas, ils sont influencés par Miyazaki par exemple mais leurs racines plongent jusque dans les années 50.

Pourra t-on bientôt voir une BD sino-française, scénarisée par un chinois et dessinée par un français ?
Oui, c’est jouable mais on n’a pas encore trouvé le cas qui nous semble parfait. Les projets dans ce sens nous paraissaient moyens et on a préféré les stopper plutôt que de les éditer.
Ailleurs ça existe déjà, chez Hongfei par exemple, qui présente des œuvres pour les plus jeunes. Ils travaillent avec des scénaristes chinois et des dessinateurs français, ça marche bien.
Nous, nous travaillons sur des projets à plus long terme, sur des séries, et là-dessus nous n’avons pas encore trouvé le duo idéal.

Les Trois Royaumes - LES ÉDITIONS FEI

Les Trois Royaumes – LES ÉDITIONS FEI

La Bande dessinée en France est encore largement masculine, est-ce le cas en Chine ?
On trouve en Chine plusieurs types de bandes dessinées, il y a des BD assez girly, j’ai rencontré des dessinatrices chinoises qui ont beaucoup de talent. Je ne vois pas la BD en Chine comme quelque chose de strictement masculin. Les amateurs de BD sont autant des lectrices que des lecteurs. Les collectionneurs de BD eux sont souvent des hommes. Ils collectionnent les BD anciennes, des années 50 ou 80.

Une œuvre ou un auteur que vous admirez particulièrement ?
Personnellement j’adore Blacksad ( Scénarisé par Juan Díaz Canales et dessinée par Juan Guardino aux Editions Dargaud) !
Parmi les auteurs chinois, j’aime beaucoup Zhang Leping (1910-1992), il est l’auteur du personnage le plus connu de la BD chinoise, San Mao. Je lis beaucoup de choses sur lui en ce moment, il a eu une vraie fonction sociale et ses dessins sont très évocateurs, ils dessinaient les enfants avec beaucoup de sensibilité. Il avait 7 enfants lui même. C’était quelqu’un de très humain et ça se sent jusque dans ses dessins.

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1 comment

  1. benchallal

    bonjour monsieur ,
    j’ai édité deux livres sur les proverbes ( dont des proverbes chinois ).
    j’aimerais trouver des traducteurs et des éditeurs chinois pour le publier .
    pouvez vous m’aider ?
    cordialement
    benchallal athmane

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