WU Guoqing 吴国庆 Expert ès sciences sociales

WU Guoqing 吴国庆 <span>Expert ès sciences sociales</span>

La Chine et la France ont des histoires millénaires et sont de grandes civilisations, les deux peuples peuvent apprendre de la culture traditionnelle de l’autre.

WU Guoqing 吴国庆 Expert ès sciences sociales

est né en septembre 1934. En 1958, il obtient un diplôme à l’Académie diplomatique de Chine avec pour spécialité la france. De 1958 à 1962, il travaille à l’ambassade de Chine au Cambodge et de 1962 à 1978 il occupe le poste de professeur à l’Institut des Langues Etrangères de Pékin. Depuis 1978 jusqu’à aujourd’hui, il est engagé dans la recherche en sciences sociales. Il étudie particulièrement la France à l’Académie de l’Institut des Sciences Sociales de Chine.


Institute of European studies Chinese Academy of Social Sciences

Portrait

1 Quel est votre premier souvenir de la France ? Propre, ancien, moderne, courtois
2 Une chose qu’il faut faire en France Bien regarder le plan
3 Si vous deviez conseiller une ville à visiter absolument ce serait… Paris en priorité
4 Quel est l’endroit que vous ne connaissez pas encore mais que vous voudriez découvrir ? Le Nord, Lille
5 Quel est le plus beau monument de France ? La Tour Eiffel
6 Quelle chose vous manque le plus quand vous êtes en France ? Mes proches
7 Quel est le plat qui vous a le plus marqué en France ? Les escargots
8 La boisson que vous préférez en France ? L’eau minérale
9 Pour vous, la plus grande différence entre les Chinois et les Français est… La couleur de la peau, la langue et le régime alimentaire
10 Et la plus grande affinité entre les Chinois et les Français est… La gastronomie
11 Ce qui vous a étonné le plus en France ? Les nombreux monuments culturels et historiques
12 Un préjugé écarté après votre passage en France L’éducation civilisée et l’amabilité
13 Le symbole de la France est… La Tour Eiffel et l’Arc de Triomphe
14 Si un mot devait définir la France ce serait… Romantique

Interview

Pourquoi vous intéressez-vous tant à la France ? Qu’est-ce qui vous a poussé à étudier le français ? Et comment avez-vous commencé vos études ?
En fait, j’ai commencé mes études de français pour 3 raisons principales. Tout d’abord, j’ai étudié la langue française à l’Université des affaires étrangères de 1955 à 1959. Il s’agit d’un choix “par hasard”. A cette époque-là, la Chine avait une politique diplomatique unilatérale avec la Russie. La passion des études pour la langue russe a envahi toute la Chine. En première année universitaire, la plupart des étudiants choisissaient le russe comme langue étrangère. Mais moi, j’ai choisi le français qui était relativement “peu recherché” à l’époque. Pendant la période d’apprentissage, je me suis pris de passion pour cette langue élégante, surtout après la lecture des œuvres littéraires des XVIIIème et XIXème siècles. Les différentes écoles littéraires m’ont impressionné. En même temps, j’ai acquis des connaissances de base sur la culture et la société française. Ensuite, après mes études, j’ai été envoyé à l’ambassade de Chine au Cambodge. Pendant cette période, j’ai commencé à apprendre le khmer. Cette expérience m’a fait comprendre l’influence de la culture française sur les pays d’Indochine, y compris le Cambodge. Enfin, en 1978, j’ai été transféré au CASS Institut d’études européennes et dès lors, j’ai décidé de consacrer toute ma vie à étudier la société et la politique de la France.

La Vème République française a connu beaucoup de réformes. A votre avis, quelle a été la plus impressionnante ?
Dès le début de mes recherches sur la France, les réformes, en parallèle des changements de présidents, n’ont jamais cessé : de François Mitterrand, Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy, jusqu’à François Hollande. La plupart des réformes ont apporté le progrès à la France et ont pu donner à la France un nouvel espoir. Cependant, elles n’ont pas vraiment porté leurs fruits, à cause des contraintes de la réalité, comme la dépression économique, etc.
Ce qui m’impressionne le plus est l’arrivée au pouvoir de François Mitterrand, le premier élu de gauche (PS). Il a effectué de grandes réformes avec une main de fer entre 1981 et 1982 dans les domaines politique, économique et sociétal. Ses réformes ont été fortement influencées par la sociale-démocratie radicale. Pendant cette période, j’ai organisé plusieurs réunions à Pékin pour étudier ses mesures. On est toujours surpris par les mesures du Parti socialiste. Après 1984, le PS est en difficulté à cause de la dépression économique. Mais l’impact des réformes de l’époque est encore perceptible aujourd’hui. Lors de la troisième coalition gauche-droite, le Premier ministre M. Jospin a été en tête de réforme, telles que la durée de mandat du président, qui a été réduit à 5 ans au lieu de 7 ans, l’augmentation des droits des femmes dans la vie politique etc. Tous ces changements ont fait du bien à la France. Ces derniers temps, je m’intéresse plutôt à la réforme territoriale envisagée par Monsieur Hollande. Cette mesure vise à réduire le coût des collectivités locales, et en même temps, elle aura un grand impact sur la politique et la société française.

Ces 50 dernières années, les relations sino-françaises ont connu de nombreux évènements importants. Quel évènement peut-il être considéré comme le témoin de l’amélioration des relations sino-françaises et de leurs liens étroits en matière de coopération ?
Comme nous le savons, les relations sino-françaises ont connu des hauts et des bas pendant ces 50 dernières années, ce qui inquiète, de temps en temps, les personnes concernées. A l’arrivée au pouvoir de Monsieur Chirac, un homme courageux, ambitieux et audacieux, et connaissant particulièrement la culture chinoise et occidentale, on a corrigé les fautes diplomatiques envers la Chine et il a été signé une “Déclaration conjointe sino-française” lors de sa visite officielle en Chine. Il a décidé de construire une relation de partenaire stable et amical à long terme, ce qui a initié une nouvelle ère pour les relations entre ces deux pays.
Lors du premier quinquennat de Monsieur Chirac, la “relation partenariale ” entre la Chine et la France a bien évolué. Pendant le deuxième quinquennat, la relation politique a continué à se développer. En plus, il a pu promouvoir la coopération économique et commerciale et développer les échanges culturels. C’était la meilleure période en matière relation sino-française.
En 2013, Monsieur Hollande a visité la Chine. La Chine et la France ont publié un communiqué de presse conjoint, dans lequel elles ont décidé de renforcer la confiance mutuelle politique et stratégique, et ont ravivé le partenariat global stratégique sino-français. Je suis sûr que la relation sino-française atteindra son paroxysme grâce à la visite officielle de Monsieur Hollande en Chine et au 50ème anniversaire du début des relations diplomatiques entre ces deux pays.

À votre avis, quels sont les événements majeurs qui ont construit la relation politique et sociale entre la France et la Chine ? Quels sont les personnages importants qui contribuent au développement harmonieux de la relation diplomatique ?
La relation sino-française existe depuis longtemps, cela a commencé au XIIIème siècle. Ces 50 dernières années, cette relation a beaucoup changé. A mon avis, les grands évènements politiques et sociaux pendant cette période sont les suivants :
(1) Le 27 janvier 1964, la France a reconnu la République populaire. La France a établi une relation diplomatique avec la Chine, ce qui a formé la “diplomatie des explosions nucléaires” en Asie.
(2) Pendant la «Révolution culturelle», les partisans ont mis en oeuvre la diplomatie de l’ultra-gauche, ce qui a entraîné la détérioration de la relation sino-française.
(3) En 1989, après la “tempête politique”, la France a sanctionné la Chine. Et en 1991, le gouvernement français a vendu des armes à Taïwan, ce qui a provoqué une relation entre nos deux pays difficile.
(4) En mai 1997, les chefs d’Etat Français et Chinois ont signé la “Déclaration conjointe sino-française,” et ont établi une relation partenariale stable, conviviale et complète à long terme.
(5) En janvier 2004, les deux chefs d’Etat ont de nouveau signé une “Déclaration conjointe sino-française”, la relation entre ces pays a atteint un nouveau sommet.
(6) En avril 2013, la Chine et la France ont publié un “communiqué de presse conjoint pour la construction d’un monde de paix, de démocratie, de prospérité et de progrès” pour approfondir la confiance mutuelle politique et stratégique entre les deux pays et renforcer le dialogue stratégique, afin d’approfondir la coopération dans tous les domaines du nouveau partenariat stratégique global.

Il y a beaucoup de politiciens chinois et français engagés dans le développement harmonieux de la relation diplomatique. En voici deux exemples.
En France, le général Charles de Gaulle est un personnage important. L’ancien Premier ministre Edgar Faure est envoyé, en tant que représentant du général de Gaulle, pour négocier le programme et le processus de la construction d’une relation diplomatique entre les deux pays. Pendant les deux mandats du président Chirac, on a amélioré, à plusieurs reprises, la relation bilatérale, de sorte que la relation entre les deux pays a atteint un sommet sans précédent. C’est pourquoi le Général de Gaulle et Jacques Chirac sont les deux présidents français les plus vénérés par le peuple chinois.

En Chine, le Premier ministre Zhou Enlai a participé directement aux négociations visant à établir la relation diplomatique sino-française. C’était quelqu’un de sage, de souple et qui avait des principes. Il a établi un accord avec Monsieur Edgar Faure sur l’établissement de relation diplomatique entre les deux pays. Il était essentiel pour l’établissement de la relation diplomatique sino-française. Le Premier ministre Deng Xiaoping a mis en avant la “réforme et l’ouverture” qui ont ouvert la porte de la Chine à l’Europe et à l’Amérique, ce qui a constitué une base solide pour le développement des relations entre nos 2 pays.

Selon vous, pourquoi le général de Gaulle a-t-il décidé d’établir une relation diplomatique avec la République populaire de Chine en 1964 ?
Le général de Gaulle a brisé le tabou diplomatique qu’avaient les puissances occidentales envers la Chine communiste et a fait de la France le premier pays occidental à établir des liens diplomatiques avec elle, à cause de deux raisons principales.

D’abord, à l’arrivée au pouvoir de Charles de Gaulle, en tant que président de la Vème République française, il a décidé de changer la politique du gouvernement de la IVème République, qui a toujours suivi la politique des Etats-Unis et leur était dépendant, et a commencé une politique diplomatique indépendante afin de réaliser le grand renouveau de la République française et d’accomplir son rêve de “grande puissance mondiale”. Reconnaître la République populaire de Chine était la preuve la plus évidente du général de Gaulle pour poursuivre sa politique étrangère indépendante.

Deuxièmement, le général de Gaulle est un politicien réaliste, il a vu réellement l’existence de la République populaire de Chine, et a pris conscience de l’impact de plus en plus significatif de la Chine en Asie. Il faut reconnaître que la Chine est un acteur politique incontournable en Asie, et la “politique de l’autruche” est infaisable. Par conséquent, il a décidé d’établir officiellement des liens avec la nouvelle Chine.

Pensez-vous que la France joue un rôle très important concernant les affaires internationales, surtout celles relatives à la Chine ?
A mon avis, la France a un impact très important dans les affaires internationales. Depuis la mise en œuvre de la diplomatie indépendante de la France, la France joue un rôle unique et spécial dans l’arène internationale. Pendant la guerre froide, la France était considérée comme un pont entre l’Orient et l’Occident. Dans de nombreuses activités diplomatiques, les propositions et les mesures diplomatiques prises par la France sont souvent surprenantes et sont admirées dans le monde entier.

Par la reconnaissance de la Chine elle a plus ou moins influencé les autres pays occidentaux. En développant les relations avec la France, la Chine a pu se faire comprendre et se faire reconnaître par l’Europe et les pays occidentaux. Donc, la France joue un rôle non négligeable dans les affaires de la Chine au niveau mondial.

Les relations diplomatiques sino-françaises pendant ces 50 ans ont connu des hauts et des bas. Elles ont montré que si la France ignore les intérêts fondamentaux de cette relation, le développement des relations bilatérales va stagner ou même se détériorer. Une telle action unilatérale de la France va générer des impacts plus ou moins négatifs sur l’Europe et d’autres pays.

Quelles sont les mises à jour de votre livre “La France”, publié en 2014, par rapport à la version précédente ? Et quels sont les échanges entre ces deux pays dans les domaines de la qualité de l’air et de la protection de l’environnement ?

Comparé aux deux versions précédentes, “La France” version 2014 a évolué. Tout d’abord, il a été complété concernant les évènements, les chiffres et les données de la France jusqu’en 2013, afin de s’adapter aux changements que la France a connu. Ensuite, j’ai mis mes études récentes sur la France dans le livre. C’est non seulement afin de rendre le livre plus lisible, mais aussi pour qu’il puisse servir de “pont” entre recherche et mesure. Enfin, on a ajouté des “ressources spéciales” au premier chapitre de la nouvelle version de “La France” pour mettre en valeur la spécificité de la culture française. De plus, nous avons enrichi le chapitre sur la société, la gestion sociale, afin d’ouvrir la vision des lecteurs chinois sur la société française.

Quelles sont les mises à jour de votre livre “La France”, publié en 2014, par rapport à la version précédente ? Et quels sont les échanges entre ces deux pays dans les domaines de la qualité de l’air et de la protection de l’environnement ?

Au cours de l’industrialisation la France a subi une forte pollution, et l’équilibre écologique a été détruit. Toutefois, la situation s’est améliorée. Par ailleurs, il ne faut pas négliger la série de lois publiée par la France pour mettre l’accent sur la protection de l’environnement, par exemple, “la Charte de l’environnement “, qui a été classée dans la loi nationale. En outre, la France a mis en place un système relativement complet de gestion de l’environnement, pour effectuer une surveillance efficace. C’est un cas typique pour la Chine d’aujourd’hui, qui est en train de s’industrialiser et de se moderniser. On dit que “la pierre d’une autre montagne peut polir le jade “.
La coopération sino-française en matière de protection environnementale est en voie de progression. En mai 1997, les deux ministres des Affaires étrangères ont signé un “Accord de coopération en vue de la protection environnementale entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République populaire de Chine”. Et en 2007, on a publié la “Déclaration sino-française commune pour combattre le changement climatique”. La même année, le Ministère chinois du Logement et de l’urbanisme et le Ministère français de l’écologie, de l’énergie et du développement durable ont signé conjointement un “Accord de coopération urbaine sino-française pour le développement durable” et en 2013, ces deux ministères ont renforcé leur coopération en signant un “Accord de coopération sino-française en vue de la protection de l’environnement”.

La coopération dans le domaine environnemental entre ces deux pays est devenue un très bon exemple pour la relation bilatérale sino-française, y compris les grands projets comme celui de Wuhan qui vise à établir un “champ expérimental d’écologie sino-français ” dans le quartier Caidian.

D’un point de vue sociologique, y a-t-il des similitudes entre la Chine et la France ? Autrement dit, quels sont leurs ponts communs et leurs différences?
D’une part, il existe des points similaires entre ces deux pays. Par exemple, leur histoire est millénaire et leurs cultures sont de ce fait profondes et riches. Ces cultures traditionnelles ne cessent jamais d’échanger et de s’éclairer mutuellement. Ensuite, les deux sont membres permanents de l’ONU et sont de grands pays responsables qui traitent les affaires mondiales ensemble. Troisièmement, les deux pays appliquent tous une politique indépendante diplomatique en matière de politique étrangère. Ils visent à sauvegarder la souveraineté nationale, à s’opposer à l’hégémonie et à l’unilatéralisme, à favoriser la promotion d’une direction politique internationale multipolaire, et à établir un nouvel ordre économique international. Quatrièmement, les deux pays sont des membres importants du projet «village global», qui doivent faire face ensemble à l’effet de serre et au réchauffement climatique. Cinquièmement, les deux dirigeants mettent l’accent sur la relation sino-française et sont prêts à enrichir et élargir la connotation de cette relation bilatérale, à renforcer la confiance politique mutuelle, la coopération économique, et les échanges culturels, afin d’approfondir le partenariat stratégique global sino-française.

D’autre part, il existe également des différences entre ces deux pays. Premièrement, à cause de la différence des systèmes sociaux, leurs points de vue envers les mêmes sujets peuvent être différents. Deuxièmement, la France est entrée dans l’ère post-industrialisation, qui peut traiter des problèmes de façon efficace et avancée pour éviter des séquelles éventuelles. Par contre, la Chine est dans le processus d’industrialisation, qui rencontre souvent des séquelles suite aux traitements inappropriés des problèmes. Troisièmement, les valeurs de ces deux peuples sont différentes.

Dans quels domaines la Chine et la France doivent-elles apprendre l’une de l’autre afin de progresser ensemble ?

Il faut chercher un terrain d’entente pour le développement des relations sino-françaises. La Chine et la France ont des histoires millénaires et sont de grandes civilisations, les deux peuples peuvent apprendre de la culture traditionnelle de l’autre. À cet égard, les échanges et les apprentissages mutuels et populaires ne peuvent être ignorés. En 1983, j’ai visité la France en tant que chercheur chinois. Pendant mon séjour sur la Côte d’Azur, j’ai eu des contacts avec l’association des amitiés franco-chinoises. Entre 1987 et 1988, des visites à Cannes et à Nice ont été organisées par cette association. Mes amis de l’association des amitiés franco-chinoises de la Côte d’Azur me manquent. Ce sont eux qui m’ont aidé à approfondir mes connaissances sur la France. De plus, pendant mon séjour à Paris, Corinne Guod, la vice-présidente de l’association d’amitié franco-chinoise, m’a beaucoup aidé. Donc, pour moi la France est comme mon “deuxième pays“.

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