Sylvie GENTIL Traductrice littéraire

Sylvie GENTIL <span>Traductrice littéraire</span>

Immédiatement les caractères m’ont happée, absorbée à l’intérieur de leur magie.

Sylvie GENTIL Traductrice littéraire

est traductrice professionnelle. Elle connait très bien la Chine, elle y vit et son premier séjour à Pékin date de 1980. Elle a traduit au moins une douzaine de romans chinois dont le Clan du Sorgho de Mo Yan, prix Nobel de littérature, excusez du peu.
Et les sous titrages de Terre Jaune, de Chen Kaige, c’est elle aussi. Autant dire que nous sommes fiers de la compter parmi nos invités.

Portrait

1 Quel est votre premier souvenir de la Chine ? La longue route grise, si poussiéreuse et peu exotique, qui menait de l’aéroport de Pékin à l’Institut des Langues. Peu empruntée elle existe toujours, et éveille toujours en moi le petit pincement émotif quand je l’emprunte.
2 Une chose qu’il faut faire en Chine Une ? C’est peu… Se promener par un beau jour d’automne au temple du Ciel, et admirer le soleil se coucher sur le toit aux tuiles bleues ?
3 Si vous deviez conseiller une ville à visiter absolument ce serait… Pékin
4 Quel est l’endroit que vous ne connaissez pas encore mais que vous voudriez découvrir ? Xiamen
5 Quel est le plus beau monument de Chine ? Le temple du Ciel
6 Quelle chose vous manque le plus quand vous êtes en Chine ? La mer (parce que je vis à Pékin)
7 Quel est le plat qui vous a le plus marqué en Chine ? Les sublimes salades d’aiguilles de pin ou de fleur de la cuisine du Yunnan
8 La boisson que vous préférez en Chine ? Un excellent Longjing (le thé du puits du dragon)
9 Pour vous, la plus grande différence entre les Chinois et les Français est… Le système éducatif, basé sur le par-coeur et l’imitation, qui nie l’aspect créatif et imaginatif chez les enfants
10 Et la plus grande affinité entre les Chinois et les Français est… L’amour de la nourriture !
11 Ce qui vous a étonné le plus en Chine ? Au bout de trente ans, cela devient difficile…
12 Un préjugé écarté après votre passage en Chine Je n’en avais pas…
13 Le symbole de la Chine est… Le dragon !
14 Si un mot devait définir la Chine ce serait… Immense


Interview

En 1985, après vos études à L’Inalco et un premier séjour de 2 ans en Chine en 1980, vous décidez d’y vivre. Qu’est ce qui a fait que vous vous êtes orientée vers ces études et pourquoi avoir fait le choix de rester en Chine ?
J’ai un peu honte de le dire, mais finalement, si j’ai fait du chinois, c’est un peu par hasard ! J’avais surtout envie « d’ailleurs ». En revanche, si j’ai continué, c’est bien parce qu’immédiatement les caractères m’ont happée, absorbée à l’intérieur de leur magie. Rester en Chine, ensuite, relevait de la logique simple et pure.

Vous commencez votre métier de traductrice par le sous titrage français de “Terre Jaune” de Chen Kaige. Pour un premier sous-titrage c’est extraordinaire de pouvoir le réaliser sur une oeuvre incontournable du cinéma chinois. Que retenez-vous de ce moment ?
Ah, pas tout à fait ! L’envie était là depuis longtemps, et du temps même de l’Inalco, nous avions constitué une sorte de collectif étudiant pour traduire « Le Secret de Robespierre », un recueil de nouvelles de Ba Jin parlant de son séjour en France qui a été publié chez Mazarine ! Pour la « Terre Jaune », oui, c’était extraordinaire. Pour moi, ce n’était au départ qu’un « job » obtenu grâce à un ami, alors vous pouvez imaginer le choc, quand je suis arrivée pour mon premier jour de travail et que l’on m’a passé ce film, mon premier film à sous-titrer. C’était magique.

Votre première traduction littéraire est celle de la nouvelle de Deng Youmei., “La Tabatière”. Puis viendront d’autres auteurs comme Zhang Xinxin, et bien sûr Mo Yan, prix Nobel de littérature en 2012. A lire l’excellent article à votre propos de Brigitte Duzan sur le site de “La Nouvelle dans la littérature chinoise contemporaine”, vos traductions sont très souvent le fruit d’une rencontre avec un auteur. Mais c’est toujours un choix de votre part, vous n’effectuez que très peu de commandes et les auteurs que vous traduisez sont ceux que vous appréciez voire que vous rencontrez. On ne traduit bien que ceux qu’on aime ? Pourquoi ? Est-ce aussi parce que la traduction du chinois repose essentiellement sur l’interprétation ? Au regard de la force de l’interprétation ne peut-on pas considérer votre travail comme la co-signature d’une oeuvre ?
Bien sûr, on ne traduit bien que ce qu’on aime. Pas forcément « ceux », plutôt « ce » : le livre, le texte. Mais il est vrai que les écrivains chinois que j’ai rencontrés ressemblent pour l’essentiel, chacun à sa manière, beaucoup à leurs œuvres. Après tout, on passe de six mois à un an avec, comment pourrait-on vivre aussi longtemps avec quelqu’un qu’on déteste ? Cela m’est m’arrivé une fois, et je me suis bien promis que cela ne se reproduirait pas tant cela avait été pénible.
Mais non, cela ne veut pas dire que la traduction du chinois reposerait plus qu’une autre sur l’interprétation. Quelle que soit la langue, nous ne donnons jamais à lire que le livre que nous, nous avons lu ! Il y a donc toujours une part de subjectivité qu’il ne servirait à rien de nier. Mais les mots, l’histoire, le style, sont ceux de l’auteur. Il faut se faire caméléon. Je n’ai jamais envisagé mon travail comme la « co-signature » d’une œuvre, mais sa restitution par une opération de symbiose.

Sylvie-Gentil-livres

À propos de traduction de la langue chinoise, pouvez-vous nous expliquer les écueils les plus fréquents en la matière ? ( Problème de temps, répétition du vocabulaire etc…)
Comme vous le signalez, oui, l’expression du temps est un des problèmes les plus délicats. Le chinois écrit dans une sorte de « présent éternel » auquel il faut bien (malheureusement) renoncer quand on s’adresse à un lectorat français. Il est fréquent de reprendre, et reprendre un texte avant d’arriver à définir quel est le temps de base, celui du récit principal, qui sonnera mieux en français. En règle générale, impossible d’en décider avant d’avoir au moins terminé un premier jet. Les répétitions, si fréquentes, voire appréciées en chinois, en sont effectivement un autre, mais de moindre envergure, puisque beaucoup plus facile à résoudre. La plus grande difficulté, au niveau lexical, me semble ce que j’appellerais la « précision » : alors qu’en chinois, par exemple, il y a peu de mots dans le vocabulaire contemporain pour désigner la notion de « rouge », il en est des dizaines en français ; dans l’autre sens, certaines descriptions, de gestes ou d’actions, sont extrêmement minutieuses en chinois, avec un vocabulaire pointu et adapté dont nous ne disposons pas forcément en français. Où simplifier, où respecter ? À chaque fois c’est un dilemme. Et puis bien sûr, il y a aussi le problème des références historiques ou culturelles, à faire comprendre sans surcharger le livre à force de notes en bas de page…

Combien de livres en Chinois lisez-vous par an/mois ? Comment choisissez-vous le prochain livre à lire ?
Alors là, je ne saurais dire, tant c’est variable. Il y a de bonnes et de mauvaises années, il y a ces étapes (finales) de la traduction où je ne lis que du français pour ne pas trop siniser ma langue, bref, une infinité de facteurs qui changent sans cesse la donne. Le choix, de son côté est de plus en plus facile : le bouche à oreille, bien sûr, entre lecteurs ou de la part d’écrivains en qui j’ai confiance et qui m’en font connaître d’autres, et puis le fait que de plus en plus souvent des auteurs m’apportent leur livre, si bien qu’essentiellement, je pioche dans la pile des « non-lus » à droite de mon bureau.

Vous connaissez très bien les auteurs chinois actuels, comment décririez-vous la scène artistique littéraire ? Quel est le dynamisme en la matière ? Vers quoi se tourne le public chinois ?
Je dirais que depuis le début des années 2000, la littérature chinoise est entrée dans une phase de normalisation. Si la scène littéraire reste dominée par les grands noms issus des années 80, du côté des plus jeunes, la problématique est différente. Sans être pour cela narcissique, ils ont pour la plupart pris leurs distances avec la littérature gravée au sceau de l’appartenance à une nation qui est l’apanage de leurs aînés, et font montre de beaucoup plus d’individualisme. Leurs œuvres reflètent beaucoup plus leur vécu, leurs états d’âme, leurs réflexions en tant qu’individus. Sur le plan des sujets et de l’expression, ils ont rejoint l’univers de la littérature occidentale. Quant au public, las, lui aussi ! Les gens lisent de moins en moins, et on assiste à une montée en force de la littérature sur internet, où tout se mêle, le meilleur et le pire, grandement valorisée par l’utilisation du Smartphone.

Rencontrez-vous avant ou après les auteurs Chinois pour discuter de leur oeuvres ? Avec quels auteurs préférez-vous travailler ?
Avant, après, pendant… Mais pas forcément, sauf sur des points très précis, de leurs œuvres. Comme je le disais plus haut, beaucoup d’écrivains ressemblent à leurs romans. Aussi, discuter avec eux de tout et de rien, de la vie, de la vision qu’ils en ont, me sont souvent de meilleurs guides pour avancer dans la traduction et rester fidèle à l’esprit de leurs écrits. J’ai par exemple toujours beaucoup de plaisir à travailler avec Yan Lianke, comme j’en ai eu, dans un genre littéraire complètement différent, avec Mian Main : elle était à Shanghai, j’étais à Pékin, mais le simple fait d’entendre sa voix au téléphone me disait si j’étais dans le bon chemin !

De quelle découverte êtes-vous la plus fière ? Avec quel auteur allez-vous travailler prochainement ?
Découverte : Xu Xing ! Sans l’ombre d’une hésitation. Premier auteur de littérature citadine, premier à dire la vie, telle qu’elle était, au quotidien et sans fioritures.
Je travaille actuellement sur le dernier roman de Yan Lianke : « Les Annales de Zhalie », à paraître chez Philippe Picquier.

Partage

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>