Julien GAUDFROY 朱力安 Animateur télé

Julien GAUDFROY 朱力安 <span>Animateur télé</span>

Il y a encore plus de gens qui me reconnaissent comme “celui qui est tout le temps à la télé”.

Julien GAUDFROY 朱力安 Animateur télé

alias Zhu Li An 朱力安 est une célébrité… chinoise ! Il est animateur télé sur CCTV, anime des émissions de radio et monte sur scène de temps en temps. Il maîtrise parfaitement le chinois et force l’admiration des Chinois eux-mêmes. Il avait aussi ouvert un restaurant français à Pékin.

Portrait

1 Quel est votre premier souvenir de la Chine ? Les rues animées de Shanghai où les gens achetaient à manger à toute heure et mangeaint toutes sortes de choses dans la rue, aussi les cyclistes qui se rentraient dedans tellement il y avait de monde, et qui se gueulaient l’un sur l’autre pendant une heure… bon ça fait deux souvenirs, mais c’était le premier jour vraiment en même temps !
2 Une chose qu’il faut faire en Chine Se faire des amis et sentir leur extraordinaire sens de l’hospitalité !
3 Si vous deviez conseiller une ville à visiter absolument ce serait… Shanghai
4 Quel est l’endroit que vous ne connaissez pas encore mais que vous voudriez découvrir ? Le Xinjiang
5 Quel est le plus beau monument de Chine ? La Grande Muraille
6 Quelle chose vous manque le plus quand vous êtes en Chine ? Un bon flan
7 Quel est le plat qui vous a le plus marqué en Chine ? Je suis invité partout en Chine depuis plus de dix ans donc après tellement de banquets j’ai eu la chance de goûter à plus de plats que beaucoup de Chinois n’en goûtent dans une vie ! Mais je veux parler d’un plat que je mange beaucoup, et qui me marque toujours autant : les jiaozi, raviolis chinois, que ma belle famille fait régulièrement à la maison, plein de farces différentes ! Et ma sauce fétiche : un mixte de vieux vinaigre noir du Shanxi et d’huile pimentée maison du Sichuan… Cest miamissime ! (Aurais-je inventé un mot ?)
8 La boisson que vous préférez en Chine ? Le thé vert. Il y a dix ans j’aurais dit le bai jiu… (liqueur d’alcool de riz, 54°…)
9 Pour vous, la plus grande différence entre les Chinois et les Français est… Une phrase ne suffit pas. La philosophie influence la société, et vice versa. Si on compare les extrêmes, en France on est trop dans la logique de vouloir affirmer sa personnalité et d’essayer de changer les autres, alors qu’en Chine on est trop dans la logique d’une philosophie que les Chinois appellent ‘philosophie de survie’, ce qui entraîne le non agir, souvent même quand il faudrait agir… Tout cela à prendre avec des pincettes, c’est difficile de d’exprimer une généralisation.
10 Et la plus grande affinité entre les Chinois et les Français est… La gastronomie, et la bouffe ! En fait plus que ça, le bon vivant
11 Ce qui vous a étonné le plus en Chine ? L’optimisme et l’habilité à supporter des situations extrêmement difficiles.
12 Un préjugé écarté après votre passage en Chine Je n’en avais pas vraiment avant de me lancer dans la culture chinoise. J’en ai beaucoup plus maintenant venant de l’expérience, et parfois quelques mois de plus de connaissances et de réflexion les écartent à nouveau !
13 Le symbole de la Chine est… Il y en a trop, je passe.
14 Si un mot devait définir la Chine ce serait… Elle bouillone !


Interview

Vous êtes une célébrité en Chine en partie grâce à votre maîtrise du chinois étonnante pour un étranger.
Vous êtes capable d’imiter les accents de différentes provinces de Chine, vous connaissez la langue chinoise comme un Chinois. Comment en êtes-vous arrivé à maîtriser cette langue aussi parfaitement ?

Ce que les gens appellent parfait c’est le fait que je parle le chinois un peu comme je parle le français. Ça ne sera jamais exactement comme une langue maternelle mais j’en suis en tout cas très proche.
C’est vrai que j’ai la “chance” de maîtriser le chinois, mais ça vient par le travail, j’ai passé quand même beaucoup de temps à l’apprendre.

C’est presque comme un don ?
Ce que vous appelez le don n’est responsable que d’une toute petite partie de mon apprentissage.
Mais par contre le don est un moteur extraordinaire au début de l’apprentissage parce qu’on apprend plus vite et que c’est très gratifiant.

J’étais musicien professionnel. C’est autrement plus difficile d’apprendre un instrument ou un sport de haut niveau qu’une langue étrangère.

Votre profil de musicien a dû vous aider. On pense à ça parce que le chinois est une langue à tonalités.
J’avais l’habitude du travail à l’oreille, donc c’est vrai que ça m’a aidé.
Toutes les langues sont des langues à tonalités, mais pour le chinois il y a une tonalité à chaque syllabe.
Je pense qu’on se fait de fausses idées sur la difficulté des langues. La langue chinoise est bien plus simple que toutes les langues alphabétiques européennes. Je vois ça avec ma fille, c’est tellement plus simple de juxtaposer des sons, des concepts. En chinois, on n’a pas besoin d’accorder un verbe ou un nom, il suffit juste de dire le mot sous la même forme et de l’associer à d’autres mots. Pour les enfants ça va beaucoup plus vite à apprendre.

Vous êtes plus à l’aise en français ou en chinois ?

Le français revient facilement quand je côtoie beaucoup de Français. Mais j’étais beaucoup plus à l’aise en chinois pendant quelques années. Après je pense que cela dépend des situations.

Comment êtes-vous entré en contact avec la culture chinoise ?
Je n’avais jamais côtoyé cette culture avant un repas avec que des Chinois en 1997. C’est le lendemain que, pour me venger de n’avoir rien compris de la soirée, je suis allé chez Gibert (une librairie de Paris, NDLR) à St Michel pour acheter une méthode pour autodidactes.
Après je suis toujours resté dans des milieux chinois donc c’était facile. J’ai eu une période d’apprentissage où j’engloutissais tout, comme une éponge. Il n’y avait pas de jugement de valeur. Mon côté français veut toujours débattre sur pas mal de sujets, mais tant que ça ne freine pas l’envie d’apprendre…
C’est important de tout engloutir. De vraiment tout apprendre. Même si ça peut faire peur car il y a toujours le souci de perdre sa propre identité quand on s’immerge complètement dans une langue étrangère.

Ça ne vous travaille pas ça?
Non, j’ai toujours aimé avoir plein d’opinions sur tout et discuté de beaucoup des choses avec les gens. Je suis curieux.
Ce que j’aime bien dans la culture chinoise ce que les Chinois sont plus tolérants envers les opinions différentes d’une certaine manière. On aime bien le débat, la discussion en France mais ça tourne vite au débat d’opinion, on juge trop facilement.
Ce qu’on voit dans la personnalité des Chinois c’est que, en plus du respect vis-à-vis des autres cultures, ils ne vont pas juger aussi facilement. C’est quelque chose que j’ai beaucoup apprécié quand je suis arrivé en Chine. Je pouvais dire des choses même embarrassantes.
Les Chinois aiment bien aussi entretenir l’idée que les Occidentaux n’arriveront jamais à vraiment comprendre leur culture. Ils ont la satisfaction d’avoir une langue et une culture vraiment à part.

Depuis 2003 vous participez à plusieurs émissions radio et télé, mais c’est votre rôle de comédien dans la comédie Xiang sheng* qui vous a rendu célèbre sous le nom de Zhu Li An (朱力安).
Pourquoi avoir choisi la comédie ?

Pour rentrer vraiment dans une culture c’est extraordinaire de faire de la comédie. Même sans la pratiquer sur scène.
Ce qui m’avait marqué c’est que j’avais un ami chinois qui était en école de traduction, au plus haut niveau, il pouvait traduire la littérature, ou être traducteur aux Nations Unies… Je lui ai montré des vidéos de Coluche et il ne comprenait même pas la moitié. C’est quand même fou d’apprendre une langue à un niveau aussi élevé et finalement ne pas être capable de rentrer complètement dans la société qui nous entoure. Et ça m’a dérangé à l’époque. Je me suis dit qu’il ne fallait pas que je devienne comme ça. Il fallait que je sache pourquoi les gens rient.
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En Chine, est-ce que la comédie Xiang sheng est un art noble ?

Non, du tout, du tout, du tout. Dans le Xiang sheng, très souvent ce sont deux personnes qui ont chacune leur rôle, un dialogue sur scène. Cette forme de comédie a commencé dans la rue. À une certaine époque certains artistes en vivaient. Les gens donnaient ce qu’ils voulaient bien donner. Dans la société ce n’étaient pas des mendiants ou des clochards, mais ça restait un art de rue.
Aujourd’hui le Xiang sheng a hérité de son histoire et il n’est pas considéré comme un art à part entière.
A tel point que quand je disais que je prenais des cours de Xiang sheng, on me rétorquait : « Il ne faut pas que tu apprennes ces choses-là avec ton prof, il va t’apprendre la vulgarité ».

Vous êtes célèbre en Chine ? On vous reconnaît dans la rue ?
Oui, mais pas tout le monde. Je ne suis pas quelqu’un que les gens reconnaissent très souvent mais il y a beaucoup de gens qui connaissent mon nom. Il y a encore plus de gens qui me reconnaissent comme “celui qui est tout le temps à la télé”. Je suis souvent reconnu mais pas au point de susciter des émeutes (rires). Des gens m’arrêtent pour prendre une photo, c’est très gentil.

Comment vivez-vous le fait d’être célèbre en Chine et inconnu en France ?
Il n’y a pas de différence. On n’est pas obligé d’être connu dans son pays. Je pense qu’il n’y a pas de contradiction. C’est une situation assez drôle, mais si on y pense d’une façon plus rationnelle c’est tout à fait normal.

Vous aviez ouvert restaurant à Pékin…
Oui, ça s’appelait “Chez Julien”, un restaurant de cuisine française. Il est resté ouvert pendant environ 2 ans.

Ça vous manque un peu la France ?
Exactement, vous avez tout compris. La cuisine française me manquait, c’est pour cela que j’avais ouvert mon restaurant. Et puis c’était aussi le besoin de montrer un peu aux Chinois ce qu’on fait comme cuisine en France et surtout de casser les préjugés. Une manière de populariser un peu la culture française qui est toujours mise sur un piédestal, comme quelque chose d’inaccessible.

Les gens doivent être surpris de voir qu’il existe une cuisine française en-dehors de la gastronomie ?
Oui, il y a beaucoup de gens qui se disent que ce n’est pas du tout français… C’est pour ça qu’à la base on avait revisité un peu le style, mais ça restait bistro. C’était un peu plus classe mais l’esprit était là.
Avoir une cuisine qui ne se revendique pas “gastronomique” permet aussi aux gens d’y accéder sans se dire qu’il vont y laisser leur salaire, ou qu’il faut mettre une cravate pour entrer dans le restaurant..
La raison pour laquelle les cuisines chinoise et française sont réputées ce n’est pas la gastronomie. C’est parce qu’on peut trouver des bons petits restos un peu partout et où on mange très bien. Et si on va manger chez l’habitant on s’aperçoit que la gastronomie est partout, mais à des échelles différentes. Dans la famille de ma femme, dans le Sichuan, ils sont tous capables de faire tellement de choses, et des choses extrêmement élaborées !
Ce n’est pas la cuisine que mangent les présidents et les rois qui font la notoriété d’une gastronomie nationale.

Restaurant

Votre clientèle était plutôt composée de Chinois ou d’expatriés français ?
Pas forcement français, il y a des expatriés de tous les pays, mais dans ma clientèle il y avait de tout. Il y avait forcément plus de Chinois. On avait des nordistes parfois…

Ce n’était pas trop difficile de trouver les produits pour élaborer votre carte ?
Le seul gros problème ça a été l’année dernière car les fromages ont été bloqués en douanes pour des raisons d’hygiène, tout ce qui est au lait cru ne passe plus. Même le chocolat ne passait plus. Mais on a fait avec.

Qu’est-ce qu’on avait à la carte de chez Julien ?
Par exemple, du poulet à la moutarde dans la bonne tradition française, et du boeuf car ça marchait toujours très bien. En dessert des profiteroles (maison !), les crêpes Suzette ou notre fondant. Les clients en raffolaient.
On avait aussi un ch’tiramisu que j’avais tenu à faire, avec des spéculoos. On avait essayé 3-4 recettes différentes pour finalement trouver la bonne. Celle qui plaisait et qu’on avait trouvé parfaite.

Et comme boisson ?
On avait la Ch’ti blonde en pression ! Et je pense qu’on était les premiers dans toute la Chine à la proposer.

* Art folklorique chinois où les personnages dialoguent de façon comique. A la mode sous la dynastie Ming (XIVème-XVIIème siècle).

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