Jean-Yves LE GALL Président du Centre national d’études spatiales (CNES)

Jean-Yves LE GALL <span>Président du Centre national d’études spatiales (CNES)</span>

Le travail de coopération au quotidien se fait très facilement entre les ingénieurs français et chinois qui ont parfaitement réussi à passer le barrage de la langue et de la culture.

Jean-Yves Le Gall Président du Centre national d’études spatiales (CNES)

est un ingénieur et gestionnaire industriel français.Centre National d'Études Spatiales

En 2001, il devient Directeur Général d’Arianespace et en 2007,

Président Directeur Général de la société. Jean-Yves Le Gall est nommé le 3 avril 2013, Président du Centre National d’Etudes Spatiales. Jean-Yves Le Gall est aussi Vice-Président de l’International Astronautical Federation (IAF), membre de l’International Academy of Astronautics (IAA) et Vice-Président du Cercle Espace du Centre d’Etude et de Prospective Stratégique.

Il est actuellement en train de renforcer la coopération spatiale entre la France et la Chine, en particulier dans les domaines de l’océanographie et des sciences.

Jean-Yves Le Gall est Officier de la Légion d’Honneur et de l’Ordre National du Mérite.


@CNES_France Notice biographique de Jean-Yves Le Gall sur le site du CNES

Portrait

1 Quel est votre premier souvenir de la Chine ? Mao Zedong
2 Une chose qu’il faut faire en Chine Regarder autour de soi
3 Si vous deviez conseiller une ville à visiter absolument ce serait… Beijing
4 Quel est l’endroit que vous ne connaissez pas encore mais que vous voudriez découvrir ? Le Tibet
5 Quel est le plus beau monument de Chine ? La grande muraille
6 Quelle chose vous manque le plus quand vous êtes en Chine ? Rêver de la Chine
7 Quel est le plat qui vous a le plus marqué en Chine ? Le canard laqué
8 La boisson que vous préférez en Chine ? Le thé
9 Pour vous, la plus grande différence entre les Chinois et les Français est… Le vin
10 Et la plus grande affinité entre les Chinois et les Français est….. Le vin
11 Ce qui vous a étonné le plus en Chine ? La foule
12 Un préjugé écarté après votre passage en Chine La complication
13 Le symbole de la Chine est… La modernité
14 Si un mot devait définir la Chine ce serait… L’avenir


Interview

En matière de collaboration scientifique, qu’est-ce qui vous pousse à développer les relations avec la Chine ? Jusqu’à aujourd’hui quels sont les fruits de la collaboration entre le CNES et la CNSA ?

Le programme spatial chinois s’est révélé au grand public avec le premier vol orbital d’un taïkonaute en 2003, faisant de la Chine la troisième puissance à maitriser le vol habité, après les Etats-Unis et la Russie. La Chine prouvait alors sa capacité à maitriser l’ensemble des domaines, faisant d’elle une puissance spatiale accomplie, avec une gamme complète de lanceurs, trois bases de lancement et bientôt une quatrième, des flottes de satellites d’observation de la Terre et de télécommunications, le développement d’une station spatiale et des missions robotiques lunaires réussies. Dernièrement, l’alunissage du rover YuTu a confirmé les capacités d’exploration robotique de la Chine.

C’est au début des années 2000 que la France et la Chine renforcent leur coopération spatiale qui se fonde sur les relations déjà bien ancrées de communautés scientifiques utilisatrices. Les deux pays décident de développer conjointement deux satellites, l’un pour l’astrophysique, SVOM, l’autre pour l’étude des océans, CFOSat. Et c’est de là que proviennent les premiers résultats de cette coopération qui, depuis 2011, offrent des données indispensables à la communauté internationale des océanographes, grâce à l’instrument français Doris embarqué sur le satellite chinois d’océanographie HY-2A.

Par ailleurs, une coopération en deux phases dont la première s’est déroulée en octobre 2013 à bord de l’Airbus ZERO G de Novespace, a permis la réalisation d’expériences de médecine spatiale sur des taïkonautes et la seconde phase devrait permettre d’embarquer l’instrument français Cardiospace pour l’étude du déconditionnement cardiovasculaire, sur TianGong-2 en 2014.

Le 19 juillet dernier, vous avez rencontré votre homologue Ma Xingrui à Beijing et en septembre vous avez participé au 64ème International Astronautical Congress (IAC) dans cette même ville. Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur les projets à moyen terme entre les deux agences ? Y a-t-il des ingénieurs français en train d’apprendre le chinois ou des scientifiques chinois en train d’apprendre le français ?

Mes rencontres avec le précédent administrateur de la CNSA, Ma Xingrui, m’ont permis de rappeler à quel point la France est attachée à la coopération avec la Chine dans le domaine spatial.

La mission SVOM qui détectera et analysera les sursauts gamma et la mission CFOSat qui suivra les vents et les vagues de surface des océans en particulier grâce à un instrument développé par Thales Alenia Space sont en développement depuis 2006 et leurs résultats sont très attendus, même si l’évolution de la règlementation ITAR nous crée des difficultés supplémentaires.

Le travail de coopération au quotidien se fait très facilement entre les ingénieurs français et chinois qui ont parfaitement réussi à passer le barrage de la langue et de la culture. Plusieurs de nos ingénieurs se sont mis au chinois et il n’est pas rare, dans notre milieu, que certains ingénieurs chinois parlent le français.

Avec le premier engin à se poser sur la Lune depuis 37 ans, des projets tels que la construction d’une station spatiale, l’objectif de renvoyer l’Homme sur la Lune et de pousser jusqu’à Mars, la Chine parait se relancer dans la conquête spatiale et devient un acteur incontournable sur ce terrain. Pensez-vous qu’à long terme, une collaboration entre les deux agences soit nécessaire pour rester dans le peloton de tête de l’aventure spatiale? Croyez-vous que la première personne à mettre un pied sur la planète rouge sera un(e) chinois(e) ?

La Chine fait preuve d’un grand dynamisme dans son programme d’exploration et de vols habités. Depuis son approbation en 2004, le programme d’exploration lunaire Chang’E pour analyser la Lune et mieux connaître l’environnement spatial entre la Terre et la Lune réussit chacune de ses étapes. La Chine a déposé le 14 décembre avec Chang’E3, un rover à la surface de la Lune. Des discussions entre scientifiques chinois et européens en 2014 pourraient déboucher sur une mission commune dans le cadre de l’Agence spatiale européenne, dont la France est le premier contributeur.

Les succès chinois, tant dans le domaine de l’exploration robotique que dans le domaine des vols habités, ont un retentissement mondial, bien au-delà des frontières de la Chine. J’en veux pour preuve que la participation de la Chine dans les instances internationales qui traitent de l’exploration spatiale ne cesse d’augmenter, comme le montrent l’ampleur et la qualité de la délégation chinoise lors de l’International Space Exploration Forum du 9 janvier 2014 et son implication croissante dans les travaux de l’ISECG (International Space Exploration Coordination Group).

A l’occasion de cette importante manifestation internationale, la position européenne sera exprimée. Elle se caractérise par une approche équilibrée entre l’exploration robotique, dont les bénéfices scientifiques sont essentiels et l’exploration habitée à laquelle l’Europe envisage de participer dans un large cadre international dont les contours restent à définir.

Jean-Yves Le Gall dans son bureau. 50ans-50portraits.com

Jean-Yves Le Gall dans à son bureau. 50ans-50portraits.com

Les États-Unis ont laissé un grand vide avec la mise à l’arrêt des navettes spatiales. Les options pour envoyer des humains dans l’espace sont désormais très limitées. Si cela ne sonne pas le glas du tourisme spatial, cela le freine considérablement. Une éventuelle collaboration avec la Chine pourrait-elle faire avancer des projets visant le tourisme spatial à moyen terme ?

Le tourisme spatial s’adresse à la frange la plus fortunée de la planète. C’est ce qui explique que ce domaine relève de l’initiative privée. Le CNES concentre ses moyens sur des programmes utiles à l’ensemble des citoyens : télécommunications, observation, sciences, défense, Ariane.

Dans ce cadre-là, de nombreuses opportunités de coopération existent avec la Chine, dont les ingénieurs et les scientifiques sont parmi les meilleurs au monde.

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