Jean Claude CASADESUS Chef d’orchestre

Jean Claude CASADESUS <span>Chef d’orchestre</span>

A Shanghai il y a une exubérance de jeunesse, un kaléidoscope de couleurs, de gens, il y a une énergie qui se dégage.

Jean Claude CASADESUS Chef d’orchestre

onlest créateur de l’Orchestre National de Lille dont il est le chef d’orchestre depuis 1976.
Le rayonnement de l’ONL est à la fois local et international. Il se produit dans de nombreuses tournées qui le mènent à l’étranger, et notamment en Chine.
Jean Claude Casadesus joue souvent avec des artistes chinois, Jiang Wang, Muye Wu et Yuja Wang par exemple.
C’est pour l’entendre sur sa relation avec la Chine ses artistes et son public là-bas que nous avons voulu le rencontrer.


onlille.com

Portrait

1 Quel est votre premier souvenir de la Chine ? Beaucoup de monde
2 Une chose qu’il faut faire en Chine Ne jamais faire perdre la face à son interlocuteur
3 Si vous deviez conseiller une ville à visiter absolument ce serait… Shanghai
4 Quel est l’endroit que vous ne connaissez pas encore mais que vous voudriez découvrir ? Canton
5 Quel est le plus beau monument de Chine ? Les soldats de Xian
6 Quelle chose vous manque le plus quand vous êtes en Chine &#160? Mes enfants et petits enfants
7 Quel est le plat qui vous a le plus marqué en Chine ? Sweet and sour pork and shrimp
8 La boisson que vous préférez en Chine ? Alcool de riz “Baijiu”
9 Pour vous, la plus grande différence entre les Chinois et les Français est… La couleur
10 Et la plus grande affinité entre les Chinois et les Français est… Une sensibilité proche de la Musique
11 Ce qui vous a étonné le plus en Chine ? L’incroyable projet de construction de salles de concert
12 Un préjugé écarté après votre passage en Chine Que nous comprenons mieux les choses qu’eux
13 Le symbole de la Chine est… L’immensité
14 Si un mot devait définir la Chine ce serait… Kaléidoscope


Interview

VRacontez-nous votre premier contact avec la Chine.
C’était à Hong Kong, il y a 17 ans, j’y ai vu un foisonnement de population, une foule extraordinaire, bruyante, qui vous bouscule volontiers. Mon premier souvenir de Pékin par contre ce sont des rues désertes… Et à mon retour quelques années plus tard j’y vois une circulation insensée avec des gens qui conduisent à l’instinct. Je suis allé jusqu’à la Grande Muraille en taxi et j’ai cru qu’on allait mourir dix fois. Il doublait en troisième position, il se rabattait in extremis… C’est une espèce d’anarchie poétique et ça fonctionne. A Shanghai il y a une exubérance de jeunesse, un kaléidoscope humain, il y a une énergie perceptible des gens qui courent dans tous les sens, qui paraissent avoir des tas de choses à faire, nuit et jour. Shanghai c’est une ville lumière, vous avez des immeubles extraordinaires, des tours incroyables, ça clignote tout le temps et le fleuve majestueux qui s’écoule au milieu de tout ça.

Vous partez régulièrement en Chine avec votre orchestre. C’est une aventure à chaque fois ?
Ça oui ! Nous partons tantôt à 80 personnes, tantôt à plus, autour des 100 qui composent l’orchestre.

Jean-Claude Casadesus & onl

Jean-Claude Casadesus & onl en Chine

Qu’est-ce qui fait que les Chinois réussissent si bien à saisir notre musique et à la jouer ?
Nous n’avons pas les mêmes logiciels, ce sont des travailleurs extraordinaires, ils apprennent tout ce qui peut s’apprendre. C’est-à-dire qu’ils ont une capacité virtuose assez étonnante et ils sont très imprégnés par notre musique. Ils ont une capacité d’assimilation technique et mémorielle qui est vraiment impressionnante. Ils ont étudié dans les meilleures institutions et ils ont une capacité intellectuelle, d’étude, une mémoire, une discipline, que je ne peux pas expliquer mais que je trouve assez impressionnante. L’interprétation ensuite est affaire de nature, de conception, d’assimilation affective et sensorielle mais, en tout état de cause, ils connaissent beaucoup plus notre musique que nous la leur…

La Mitteleuropa, la France, l’Allemagne, la Russie, l’Autriche sont le creuset des réflexions musicales avec des compositeurs qui ont ensemencé cette planète magique qu’est la musique dite « classique ». Mais eux aussi ont leur musique et aussi 2000 ans de civilisation derrière, mais on s’est moins penché sur leur musique qu’ils ne se sont penchés sur la nôtre. Une grande partie des musiciens chinois vont étudier en Allemagne ou en Amérique, mais aussi au Conservatoire de Paris. Il y a donc un échange qui s’opère dans nos orchestres. Il y a de plus en plus de musiciens chinois qui passent les concours et qui veulent rentrer dans nos orchestres. Dans les conservatoires il y a beaucoup de Chinois, à Lille notamment. Une interconnectivité de plus en plus active artistiquement semble s’installer.

Vous-même, vous avez interprété certaines oeuvres chinoises.
C’était avec “Morning of the Miao mountain”. J’ai joué cette musique très populaire qui fait un tabac là-bas, j’ai aussi joué une autre oeuvre, qui je crois s’appelle “L’Iris dévoilé” de Qiqang Chen. A partir du moment où la musique est écrite, à partir du moment où vous essayez de comprendre ce qu’a voulu dire le compositeur ça ne pose pas de problème. Dans la musique traditionnelle chinoise on retrouve des similitudes avec la musique baroque. C’est une musique plus modulée. Leur musique est très sentimentaliste et s’inspire souvent de la musique occidentale mais avec un lien très fort avec la musique ancienne chinoise. Ce sont deux cultures différentes. Ils ont plusieurs compositeurs dont un emblématique, Yin Chen Zhong, une sorte de Rachmaninov chinois. Nous avons joué avec Henry Shek, chef de musique traditionnelle, avec des erhu (instrument traditionnel chinois à corde ndlr). Certes ce n’est pas notre musique mais ils la font très très bien, ils ont de grands percussionnistes. En plus leurs titres d’oeuvres sont très imagés, “Iris dévoilé”, “Les chevaux de guerre au galop”, “Message depuis la lune” etc… Ils essayent de traduire de façon parfois candide et naïve les sentiments ! C’est une musique assez tonale mais ils viennent étudier ici et nos musiques peuvent se nourrir les unes des autres, même si c’est encore très récent. L’ouverture vers l’étranger date de la réouverture des conservatoires après la révolution culturelle.

Vous avez rencontré beaucoup de musiciens chinois et joué de nombreuses oeuvres avec eux. Pouvez-vous nous en citer quelques-uns ?
Muye WU est un pianiste virtuose. Je l’ai invité à mon festival de piano, il a appris en un temps record les 24 études de Chopin qu’il a jouées avec un talent tout à fait remarquable. Il a joué pour la visite du président chinois invité à Versailles. J’ai joué aussi avec Yuja Wang, le 3ème concert de Rachmaninov avec l’orchestre de Montréal, c’est un phénomène. Zhong Zu a joué plusieurs fois avec moi, notamment lors de notre tournée précédente. On a joué ensemble le concerto de Ravel (entre autres). Et lors de ma première tournée à Pékin j’ai accompagné Li Chuan Yun, un violoniste émérite. Vous savez, en Chine il y a 50 millions de pianistes et à peu près 35 millions de violonistes. Des gens qui sont aptes à en faire leur profession. La Chine est un très grand pays qui se développe musicalement d’une façon spectaculaire. En 2010, ils me disaient qu’ils étaient en train de construire 200 auditoriums ! Il y a deux salles merveilleuses à Shanghai, une très bonne salle à Pékin et un opéra superbe qui a été construit par l’architecte français Paul Andreu. Il a également construit une salle à Shanghai et un autre français, Jean-Marie Charpentier, l’opéra. Une relation très étroite s’est établie entre nos deux pays, peut-être due au fait que la France a été le premier pays à reconnaître la Chine populaire, il y a 50 ans. Un grand nombre d’échanges se sont produits. En ce qui concerne la musique, la qualité des salles chinoises est impressionnante. L’Oriental Art Center de Shanghai est très proche de la Philharmonie de Berlin, c’est un bonheur pour les musiciens. Je me dois d’ajouter que nous venons d’obtenir une nouvelle salle à Lille, inaugurée l’année dernière et qui n’a rien à envier aux meilleures salles du monde. Elle est très belle, conviviale et de très bonne qualité acoustique.

Zhang Zuo & Jean-Claude Casadesus

Zhang Zuo & Jean-Claude Casadesus

 

Quel accueil recevez-vous de la part du public en Chine ? Si les musiciens sont très au fait de la musique occidentale, qu’en est-il du public ?
Ils y sont de plus en plus sensibilisés et beaucoup d’enfants assistent aux concerts avec leurs parents. Avant il y avait beaucoup de bruits, dans la salle, de sonneries de téléphone, de papiers de bonbons par exemple, ils parlaient entre eux. Maintenant il semble qu’une prise de conscience se soit installée. L’éducation y a sans doute beaucoup contribué. Nos derniers concerts à Shanghai ont rencontré un public apparemment cultivé, très au courant et respectueux de la musique. Je suis particulièrement impressionné par ce pays qui va à une vitesse supersonique, qui va nous apprendre à mon avis beaucoup de choses. Ils ont une discipline, une rigueur, un engagement qui est le reflet de la fraîcheur de leur désir. Ils sont à la pointe dans un grand nombre de domaines, l’informatique, l’ingénierie, et en ce qui concerne le domaine de la musique avec de grandes aptitudes concernant la virtuosité instrumentale.

Grand Théâtre de Shanghai

Grand Théâtre de Shanghai

Qu’est-ce qui rapproche le public de notre musique classique ?
Je pense qu’ils aiment la France, qu’ils nous aiment bien ! A Shanghai, Macao, Hong Kong particulièrement leur côté méditerranéen n’est pas éloigné du nôtre. Il y a une espèce d’exubérance. Ils sont très sentimentaux, c’est-à-dire qu’ils comprennent le type de musique classique. qui s’adresse directement au coeur, que ce soit Rachmaninov, Tchaïkovski, Beethoven mais aussi Ravel, Debussy, ils sont très sensibles, je crois, aux timbres chatoyants, aux couleurs et aux rythmes de la musique française.

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