Jacques CAEN Fondateur de la Fondation Franco Chinoise pour la Science et ses Applications (FFCSA)

Jacques CAEN <span> Fondateur de la Fondation Franco Chinoise pour la Science et ses Applications (FFCSA) </span>

Les chercheurs, les plus brillants venus en France par la FFCSA sont les ambassadeurs rêvés en science de l’Environnement, de la Communication, en Urbanisme, en Géologie entre autres.

Jacques CAEN  Fondateur de la Fondation Franco Chinoise pour la Science et ses Applications (FFCSA)

est un professeur émérite á l’université Denis Diderot, hématologiste et membre de l’Académie de médecine et correspondant de l’Académie des sciences. Il entretient des relations amicales avec de nombreux chercheurs internationaux et ses résultats de recherche ont contribué à des progrès décisifs. Sous l’égide de académie des sciences, Jacques Caen a créé la Fondation franco-chinoise pour la sciences et ses applications (FFCSA) qui ne cesse pas d’accroître.

Professeur Jacques Caen
Member of the Chinese Academy of Engineers, 2001.
Prix de l’Amitié 2011
Honoris Causa School of Medicine in Suzhou, China 1985 .
Honoris Causa of Shanghai University , China 1988.
Honoris Causa of Tianjin University , College of Haematology, Academia Sinica,China 1988.
Honoris Causa of Suzhou University, China 2000.
Honoris Causa of Fuzhou Medical College, China 2001 .
Honorary Citizen of the Town of Suzhou, 2002 .
Tianjin Municipality Special Expert , China October 2004


Fiche histoire inserm
Fiche Académie de Sciences

Portrait

1 Quel est votre premier souvenir de la Chine ? Suzhou et ses platanes
2 Une chose qu’il faut faire en Chine Méditer des différences
3 Si vous deviez conseiller une ville à visiter absolument ce serait… Suzhou
4 Quel est l’endroit que vous ne connaissez pas encore mais que vous voudriez découvrir ? L’Ouest
5 Quelle chose vous manque le plus quand vous êtes en Chine ? Il ne manque rien
6 Pour vous, la plus grande différence entre les Chinois et les Français est… La différence même est porteuse d’une complémentarité
7 Et la plus grande affinité entre les Chinois et les Français est… La complémentarité
8 Ce qui vous a étonné le plus en Chine ? L’histoire associée à une perçante représentation de l’avenir dans une perspective mondiale
9 Un préjugé écarté après votre passage en Chine La différence
10 Le symbole de la Chine est… A connaitre de toutes façons(et de l’intérieur)
11 Si un mot devait définir la Chine ce serait… Éternelle


Interview

Pourquoi avez-vous dédié une grande partie de votre carrière aux relations franco-chinoises ? Comment et pourquoi un grand scientifique tel que vous s’intéresse t-il au développement des liens scientifiques avec la Chine ?
Tout d’abord qu’est-ce que la carrière ?
« Nous entrerons dans la carrière quand nos aînés n’y seront plus », c’est faux, c’est un continuum entre les aînés, nous et les cadets.
Je peux diviser ma carrière en trois parties : tout d’abord, l’attrait vers les pays anglo-saxons : États-Unis et Angleterre. En 1956, on me proposa une place “d’assistant Professor” à l’Albert Einstein de New York, qui devait en 2 ou 3 ans maximum me permettre d’acquérir un poste “d’associate Professor” (l’équivalent de professeur agrégé). J’ai refusé car mon collègue Jean Bernard, rencontré au Musée de Boston, m’avait dit « je ferai votre carrière ». En 1959 on me conseilla de faire un stage à Oxford ou à Bethesda. C’est l’Angleterre que je choisis, je devais y rencontrer un maître remarquable, Gwyn Mc Farlane.
Bien avant l’autre académicien Alain Peyrefitte, Jean Cocteau à qui je faisais des prises de sang pour vérifier son anticoagulation, m’avait confié : « quand les chinois débarrassés de l’opium s’éveilleront, ils nous montreront de quoi ils sont à nouveau capables », c’était en 1958 !
Entre 1959 et 1963, une fois rentré à Paris et travaillant à l’institut sur les maladies du sang et des leucémies de Jean Bernard, j’optai définitivement pour les recherches sur les plaquettes sanguines. J’ai pu être le témoin actif, avec mes élèves et mon école, de la prestigieuse connaissance et reconnaissance de ces troisièmes éléments du sang.
Paris se devait d’être un bastion de la recherche sur les plaquettes. Ce fut à ce moment là, à l’aide d’un britannique Alan Nurden travaillant pour le célèbre laboratoire de John French d’Oxford, que nous cherchions à établir le lien entre la structure et les fonctions principales des plaquettes, l’adhésivité à la paroi et leur agrégation, participant activement à l’éclosion des drogues anti thrombotiques.
La partie française de ma carrière, que j’appellerais les “30 glorieuses”, eu lieu de 1960 à 1990. Elle fut entrecoupée d’une année sabbatique à Cambridge où je devais écrire avec deux de mes élèves suédois et slovaque, un livre sur les plaquettes qui serait lu par mon premier élève chinois venu dès l’ouverture voulu par Deng Xiaoping.
La Chine que j’ai visitée dès 1981 était très pauvre, trop pauvre pour les cerveaux pétillants d’intelligences de nos amis chinois hématologistes et pleins d’ardeur au travail. Deux vérités indispensable et indissociables.

Quel bilan pourriez-vous faire de votre travail et celui de la FFCSA ? Quel le projet avez-vous avez mené et qui vous semblerait emblématique de la relation scientifique franco-chinoise ?
Les élèves de Wang Zenyi, célèbre hématologiste du Ruijin Hospital de Shanghai, sont tous venus en France pour des périodes allant de 2 à 12 ans.
Une fois repartis en Chine, presque tous ont développé une carrière ascensionnelle reconnue mondialement, sur les anticorps monoclonaux :
- à Suzhou où est situé le premier hôpital sino-français de Chine qui a fêté ses 20 ans d’existence en 2012,
- à Shanghai où le scientifique Chen Zhu, qui en dehors de sa carrière scientifique hors pair devait devenir Ministre de la Santé pendant 5 ans et qui est actuellement un des Vices Présidents de l’Assemblée Nationale,
- son épouse Saijuan Chen, qui comme Chen Zhu a axé ses recherches sur les leucémies aigues, singulièrement promyélocytaires (les plus aigues) conjointement avec l’hôpital Saint Louis à Paris,
- Laurent Degos et Hugues de Thé, de l’Académie des Sciences à Tianjin et Pékin,
- Han Zhong Chao, directeur d’une équipe puis d’un laboratoire à l’Institut des Vaisseaux et du Sang (IVS) à l’hôpital Lariboisière. Son axe principal de recherche, et j’y souscris complètement, est l’étude cellulaire et moléculaire des cellules primitives provenant du cordon ombilical et du placenta.
Ainsi s’acheva la période hématologique franco-chinoise. C’est pourquoi avec Chen Zhu et les académiciens des Sciences, nous avons pensé à créer «de nihilo», une Fondation Franco-Chinoise pour la Science et ses Applications (FFCSA).
Un jour j’ai dit à Hubert Curien en 2001, alors Président de l’Académie des sciences, que l’Hématologie chinoise était francophone et francophile. Il m’a répondu “faites alors que la Science chinoise le devienne”.
150 chercheurs sont venus en France grâce à la FFCSA et à l’action conjointe de ma fille Anne-Sophie et de Patrick Van Effenterre.

3ème Réunion scientifique de la FFCSA au Pavillon de la France pendant l'exposition universelle de Shanghai en 2010

3ème Réunion scientifique de la FFCSA au Pavillon de la France pendant l’exposition universelle de Shanghai en 2010

Quels sont les projets à venir, les collaborations futures, et comment vous voyez votre association d’ici à 10 ans ? La Chine est-elle plus considérée comme un concurrent ou comme une partenaire en matière scientifique ?
La question suivante est très intéressante pour un chercheur qui se projette toujours en avant et qui a l’esprit porté sur le lendemain. En effet, en 1998, j’ai rencontré le Professeur Robert Debré, alors âgé de 95 ans. Il m’écouta attentivement réciter mon Credo sur l’alliance, la Sainte Alliance entre le Sang, les plaquettes et les vaisseaux qui recouvrent 2/3 d’hectare chez l’homme. Il m’encouragea à aller de l’avant, ce fut un mois avant son décès.
Depuis 2009 et 2013, les Académies de Médecine Française et l’Académie des Ingénieurs de Chine sont partenaires. Cela fut pour moi l’occasion rêvée de faire se rencontrer la technologie et la médecine : j’y travaille et j’espère que ce nouveau chantier sera repris par les plus jeunes et talentueux confrères.
Je crois fermement qu’un rapport suivi entre nos médecins et chercheurs dans un partage des tâches doit être poursuivi tant dans les activités académiques et industrielles. Nos plus grandes industries ne s’y sont pas trompées, encourageant notre quête d’absorber la recherche scientifique en faveur de la santé. Les médecines traditionnelles chinoises, qui pour la plupart rejoignent notre médecine occidentale, les sujets « hot » (Ageing, Infection, Cancer, maladies vasculaires et diabètes, cellules souches) et la médecine réparatrice, sont notamment l’aboutissement de nos projets conjoints.
Les chercheurs chinois les plus brillants, venus en France par la FFCSA, sont les ambassadeurs rêvés en science de l’Environnement, de la Communication, en Urbanisme, en Géologie etc. J’aimerais faire un bond dans le temps de 10 ans et constater que je ne me suis pas trompé sur le futur de la collaboration scientifique franco-chinoise.
Rendez-vous en 2023 !

Le scientifique Michel Soutif a écrit dans un de ses ouvrages : « Il est tout à fait évident que, si la situation sociale et politique (j’ajoute économique) leur en laisse le loisir, les scientifiques et les ingénieurs Chinois reprendront très vite, dans le concert des nations, la place qu’ils y ont tenue pendant des millénaires ». En me remettant le prix de l’amitié en 2011, l’ancien premier ministre chinois Wen Jiaobao s’est exprimé ainsi : « étant donné la situation économique que tous nous subissons, la Science, ses Applications et l’Innovation doivent être encouragées ».
Puissent ces remarques être une matière de réflexion pour nos dirigeants, 50 ans après que le Général de Gaulle et Georges Pompidou se sont alliés pour un destin commun et une amitié partagée avec Mao Tse Dong et Chou Enlai.

Partage

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>