Alain MARINOS Architecte et urbaniste. Inspecteur général des patrimoines

Alain MARINOS <span>Architecte et urbaniste. Inspecteur général des patrimoines</span>

Les échanges et les emprunts [entre les deux pays] ont été nombreux. Les méthodes se sont enrichies mutuellement et c’est bien le but de notre coopération de prolonger cet enrichissement mutuel.

Alain MARINOS Architecte et urbaniste. Inspecteur général des patrimoines

Ministère de la Culture et de la Communicationest architecte et urbaniste, Inspecteur général des patrimoines du Ministère de la Culture et de la Communication depuis 2004. Il a été Directeur de l’école de Chaillot jusqu’en 2000.
À partir de 1998, en collaboration avec Françoise GED, il participe à diverses missions de coopération avec la Chine en relation avec l’Observatoire de la Chine (CAPA).
Il est professeur conseiller de l’université Tongji de Shanghai (Chine) et Chevalier de l’Ordre National du Mérite et Officier de l’Ordre des Arts et Lettres.


alainmarinos.net Ministère de la Culture et de la Communication – Section Patrimoine Observatoire de l’architecture de la Chine contemporaine

Portrait

1 Quel est votre premier souvenir de la Chine ? Depuis le hublot de l’avion, l’image de paysages nouveaux et très différents de ceux que je connaissais
2 Une chose qu’il faut faire en Chine Apprendre au moins quelques mots de chinois et quelques caractères
3 Si vous deviez conseiller une ville à visiter absolument ce serait… Shanghai
4 Quel est l’endroit que vous ne connaissez pas encore mais que vous voudriez découvrir ? Le Xinjiang
5 Quel est le plus beau monument de Chine ? Ses villages traditionnels
6 Quelle chose vous manque le plus quand vous êtes en Chine &#160? Le sommeil, à cause du décalage horaire
7 Quel est le plat qui vous a le plus marqué en Chine ? Les aubergines sautées (quiezi)
8 La boisson que vous préférez en Chine ? Le thé vert
9 Pour vous, la plus grande différence entre les Chinois et les Français est… La méthode d’analyse
10 Et la plus grande affinité entre les Chinois et les Français est… La culture
11 Ce qui vous a étonné le plus en Chine ? Le pragmatisme des chinois
12 Un préjugé écarté après votre passage en Chine Je pensais la Chine monolithique, comme un tout cohérent, sans contradiction, mais ai découvert la variété des cultures chinoises … et aussi des points de vue
13 Le symbole de la Chine est… Yin et Yang
14 Si un mot devait définir la Chine ce serait… Pragmatisme


Interview

Vous êtes associé de l’Observatoire de l’architecture de la Chine contemporaine à la Cité de l’architecture et du patrimoine. Quels sont les objectifs de cette organisation et quelles actions vous mettez en place pour les accomplir ? Que possède la Chine de spécial pour que vous ayez orienté votre parcours professionnel vers ce pays ?
Grâce à l’Observatoire de la Chine contemporaine de la Cité de l’architecture et du patrimoine dirigé par Françoise Ged, une coopération s’est développée depuis maintenant 16 ans entre nos deux pays dans les domaines conjugués de la culture et de l’aménagement (architecture, patrimoine, villes, paysages …). J’ai eu la chance d’être associé depuis le début, à cette coopération passionnante et très riches d’échanges voire d’amitié, entre les partenaires des deux pays.

Mon intérêt pour l’Asie en général et la Chine en particulier, remonte à ma prime enfance, difficile de dire pourquoi. Cet attrait s’est renforcé par la découverte progressive d’une culture différente, d’une autre façon de voir le monde qui m’est apparue complémentaire de celle qu’on m’enseignait et … oh combien passionnante à ce titre.

Quelles sont les collaborations que la Direction générale des patrimoines du Ministère de la Culture et la Communication ont mises en place avec la Chine ?
Initiée à l’issue de la 28ème session de la conférence internationale de Suzhou, organisée en 1998 par le Centre du Patrimoine Mondial de l’UNESCO, une coopération particulièrement fructueuse s’est développée entre la Chine et la France dans les domaines conjugués de l’architecture, du patrimoine, de la ville et des paysages culturels. Cette coopération a été mise en place pour répondre au besoin de définir une méthodologie et d’expérimenter des pratiques de protection, de gestion et de mise en valeur du patrimoine urbain et paysager en Chine, dans un contexte en pleine mutation soumis à un très fort développement urbain. L’Ambassade de France en Chine a contribué activement à cette coopération initiée par l’Observatoire de la Chine, aujourd’hui rattaché à la Cité de l’architecture et du patrimoine, avec le Centre national de recherche sur les villes historiques (Chine) et l’Université Tongji de Shanghai.

Les résultats, très positifs, de cette coopération fructueuse pour les deux pays portent maintenant sur des champs et des problématiques complexes : sur des sites inscrits sur la liste du Patrimoine Mondial soumis à de fortes pressions foncières incluant d’emblée des considérations sociales et environnementales, sur des sites culturels majeurs endommagés par le tremblement de terre du Sichuan de 2008, sur des voies culturelles telles que les sites aux longs tracés comme le Grand Canal (en Chine) et le Val de Loire, les chemins de Saint Jacques de Compostelle et la Route de la soie, sur des région au patrimoine exceptionnellement riche comme le Guizhou …
Il importe de rappeler que cette coopération a contribué à la création de l’Institut du Patrimoine mondial pour la formation et la recherche – Asie et Pacifique – (Shanghai) qui est devenu un de nos principaux partenaires.

Cette coopération est axées sur la mise en valeur des métiers, de l’urbaniste au charpentier, et valorise les compétences locales dans un souci autant social qu’économique. Elle affirme le rôle prééminent de la culture auquel la France est attachée et enrichit, grâce aux expérimentations engagées, les réflexions sur la fonction qu’exerce la culture dans la recherche d’une évolution durable des villes et des territoires.

En Chine, comme en France et dans toute l’Europe, la définition de ville historique était synonyme de muraille. Quels parallélismes pouvons-nous établir entre l’urbanisme des villes historiques chinoises et françaises ? Y a-t-il eu des emprunts en terme d’urbanisme dans la modélisation des deux pays ?
Les échanges et les emprunts ont été nombreux. Les méthodes se sont enrichies mutuellement et c’est bien le but de notre coopération de prolonger cet enrichissement mutuel.
Quel que soit le pays, voire le continent, la ville est le plus souvent fondée sur les mêmes bases sociale, politique et spirituelle. Il y a cependant des différences notables dans la façon de concevoir ces bases et dans l’importance donnée à chacune.
Un exemple matériel pour essayer de mieux me faire comprendre: la charpente d’une maison traditionnelle occidentale et celle d’une maison asiatique ont la même raison d’être. Elles demeurent, pour les deux continent, la structure qui supporte la couverture et permet d’être abrité des intempéries. Mais si on y regarde de plus près, l’une est triangulée et donc rigidifiée pour résister aux mouvements éventuels auxquels elle est soumise, l’autre ne l’est pas et absorbe ses mouvements avec souplesse.

Colloque sur les paysages culturels à Guyiang province du Guizhou

Colloque sur les paysages culturels à Guyiang province du Guizhou

La ville de Shanghai, dont vous êtes expert, est un exemple du développement accéléré en Chine. C’est une ville qui fascine l’Occident avec son aspect futuriste. Certaines actions ont été assez controversées comme la destruction des quartiers populaires à l’aide de bulldozers pour reconstruire ensuite la nouvelle “ancienne ville” en béton. En parallèle, certains réaménagements ont contribué au développement d’une image moderne et séduisante de la Chine comme le Pudong. Comment cette ville s’est-elle développée tout au long du 20ème siècle et quelle est le futur qui l’attend au 21ème siècle ? Quel rôle a joué la France dans la construction de cette ville ?
J’ai appris à connaitre Shanghai par nos amis Chinois de l’université Tongji mais principalement par Françoise Ged dont ce fut le thème de la thèse de doctorat. Permettez moi de répondre en citant un extrait du dernier ouvrage dont elle est l’auteur (“Shanghai, l’ordinaire et l’exceptionnel”, Buchet – Chastel , mars 2014) :

« Shanghai, c’est la ville mythique par excellence. Capable de se renouveler cycliquement, de se rebâtir continuellement, on pourrait la croire dans un présent absolu, comme absente de son histoire, récente ou non, comme sans mémoire.
Mais ce qui était vrai au début des années 2000 ne l’est peut être plus aujourd’hui. Ville de l’avant garde, ville laboratoire, elle a connu des bouleversements majeurs. Les grands travaux ayant pris fin, le ville se tourne vers d’autres chantier, se réapproprie son histoire en même temps que son territoire. Et la société participe au premier chef à ces nouvelles aventures qui sont comme les prémices du visage de la Chine elle-même dans quelques années. »

Le développement économique de la Chine s’est accompagné d’une explosion démographique et urbaine. Depuis quand la Chine utilise-t-elle l’urbanisation comme moteur de développement économique ? Pensez-vous que la Chine va continuer son parcours d’urbanisation accélérée ?
Un proverbe qui pourrait être chinois dit : « toute face à son revers ». Les sociétés cherchent en permanence à rééquilibrer les excès. Il ne m’appartient pas de dire si la Chine va ou non «continuer son parcours d’urbanisation accélérée » mais je sais que la question qui nous est posée aujourd’hui par nos amis chinois est autre. Elle rejoint cependant la votre. Elle porte sur l’avenir des territoires ruraux de la province du Guizhou, longtemps éloignés des grandes centres urbains, peuplés de nombreuses communautés chinoises aux cultures riches et variées. Quel avenir pour les habitants de ces dizaines de milliers de villages qui ponctuent les montagnes caractéristiques de la province? Des millions d’habitants qui font corps avec ces paysages superbes construits à la sueur de leur front ? Ils ont le droit d’évoluer, le droit à la modernité à laquelle ils aspirent mais, dans le contexte actuel, quelles seront les conséquences en termes culturel, social, environnemental et économique? Nos partenaires chinois chargés d’avancer des propositions nous ont associé à la réflexion sur ces « écosystèmes culturels » fragiles qui doivent à la fois être préservés et évoluer.

Signature de la convention de coopération Franco-Chinose

Signature de la convention de coopération Franco-Chinose

Quels sont les défis que la Chine va devoir relever pour contrôler son développement urbain ? Est-ce qu’une croissance à deux chiffres est compatible avec le respect de l’environnement et des personnes habitant ces mégapoles ?
Je vous retourne la question, pensez vous que l’humanité pourra supporter longtemps la dégradation accélérée de notre environnement physique, social, culturel… ? Il faut trouver des solutions ensemble, en Chine comme partout dans le monde. Le Ministère Français de la culture et de la communication en partenariat avec la Cité de l’architecture et du patrimoine, a constitué une délégation internationale pour animer un événement au 7ème Forum Urbain Mondial qui s’est déroulé à Medellin (Colombie) le mois dernier. Cette délégation qui comprenait un partenaire Chinois, une Indienne, une Bulgare et des partenaires Américains du Sud, s’est exprimée d’une seule voix pour faire valoir l’importance du respect des populations et de leur culture dans la recherche d’un développement « soutenable » des villes et des territoires, c’est à dire qui peut se supporter, s’endurer.

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